Sous mes ciels chinois – 1 et 2

L’avion Boeing 747 a décollé  à l’heure et, première surprise, nous partons franc nord. Quel merveilleux trajet en camaïeux de blancs scintillants. Les Laurentides, à peine perceptibles, puis les baies James et d’Hudson, dont les glaces fendillent comme le verni d’un vieux tableau. J’ai essayé de voir à l’horizon Puvirnituq, mais tout n’était qu’eau gelée. Ainsi s’amorce le journal de l’amie Hélène Tanghe qui, cette fois, s’est jointe avec son amie Diane à un groupe en partance pour la Chine. Nous suivrons jour après jour celle qui nous offre des récits de voyage vivants, drôles, curieux et inspirants…

Jour un

Imperceptiblement nous sommes entrés en Sibérie: des tableaux d’art abstrait dessinés par un très grand fleuve blanc intense traçant ses méandres  sur un sol aux nuances variées. Puis, est-ce encore la Sibérie ou déjà la Mongolie qui nous offre un massif montagneux aux pics tellement parfaits qu’on les dirait de crème Chantilly ?

La carte du trajet de l’avion ne comble pas ma lacune en géographie, pourtant une des matières où j’avais d’assez bonnes notes, jadis naguère. Tous les paysages sont un enchantement, car, comme vous l’aurez compris, Diane, qui m’accompagne, avait réussi à modifier nos sièges pour que nous soyons ensemble et que j’aie «mon hublot » à l’arrière de l’aile blanche et élégamment courbée vers le haut comme celle d’un rapace.

Autre amusement  qui a fait passer les treize heures de trajet très vite, ce sont les films qui m’ont permis de rattraper, très partiellement, mon retard abyssal. Le son d’une médiocrité telle qu’il m’a fait abandonner Lala land quand le repas a été servi, mais j’ai quand même vu avec plaisir, Lion, 1:54, et Le fils de Jean.

Les grands voyageurs le savent probablement depuis longtemps mais j’ai découvert le nouveau confort (non pas plus de place pour bouger) mais des hublots qui se teintent à volonté jusqu’à obscurcissement presque total. Le commandant aussi les contrôle de la cabine. Fini les hôtesses qui demandent de baisser le store quand c’est l’heure du dodo qui, dans mon cas,  n’est jamais venu, malgré masque et boules Quies.

 

À l’arrivée à Shanghai,  vue des airs, de la mer, avec une file de bateaux commerciaux qui se suivent sagement jusqu’à l’horizon,  des canaux et des champs. L’avion se pose pile poil à 15:30, l’heure prévue. Il fait soleil et 23 degrés. Pendant que nous roulons en direction de l’aérogare, je me dis qu’en arrivant à l’hôtel, je vais aller à la piscine, m’étendre une petite heure, aller souper puisque c’est temps libre et bien dormir ma nuit.

C’était compter sans le fait que l’avion a dû se mettre en attente pour avoir une place pour nous débarquer, que dans la très moderne aérogare, il y a des corridors de files d’attente «gérés» par toutes sortes de personnages en uniforme qui en modifient la configuration et semblent prendre un malin plaisir à nous faire reculer dans la ligne.

Il faut aussi se rappeler que les douanes ce n’est pas de la rigolade, que tout est minutieusement vérifié  pour tout le monde, qu’il y a des goulots d’étranglements volontaires pour qu’une seule personne passe à la fois à la sortie, sans parler des arrêts d’hygiène, partagés par tout le monde, et qu’il faut retraverser l’aérogare pour retrouver notre guide et attendre l’autocar qui nous mènera à l’hôtel Crown Plaza, à 50 minutes de là.

L’hôtel est moderne, propre, esthétique et fonctionnel. Et les lits sont bons. Pour sortir de l’argent chinois du guichet dans le lobby Il faut présenter son passeport, choisir sa langue (anglais ou chinois,) mettre le billet canadien dans une fente, attendre et recevoir les Yuans et la petite monnaie. Diane a mis 20 $. Ça ne se fait pas sans un certain nombre de tâtonnements.

Résultat : adieu piscine, bonsoir douche rapide et, à notre grand étonnement, traversons une rue absolument déserte pour trouver une série de restaurants plus ou moins achalandés. Nous choisissons celui dont les plats sont photographiés en devanture mais sans précision de prix et où la clientèle est nombreuse et chinoise. Le menu, très abondant et varié, est aussi illustré avec des explications en chinois et… des prix.

Nous n’avons pas très faim, savons que nous ne voulons pas dépenser plus que l’équivalent de nos 20$ et devons éviter les légumes crus. Heureusement une cliente, avec son mari et sa petite fille, parle anglais et nous aide à commander riz et thé. Finalement nous pointons le plat à la table d’à côté, du chou braisé avec du piment que nous partageons. Délicieux  ! Total : 5$ pour   deux !

La nuit n’a pas été très fructueuse, le corps est encore à moins 12 heures. J’écris ces mots à 4 heures du matin, heure de Shanghaï mais pour moi il est 16 heures. On va s’adapter. Aujourd’hui grosse journée de visite de Shanghaï avec notre guide locale Fanfan.

Hélène

Jour deux

Autant,  hier, nous sommes arrivées dans un aéroport moderne sans rien de particulièrement chinois, le trajet de l’aéroport à l’hôtel aurait pu se dérouler n’importe où ! L’hôtel est typiquement style international nord-américain et, à part le restaurant vraiment chinois, ça manquait franchement d’exotisme.

Aujourd’hui, la visite de Shanghaï nous a enfin amenés là où les 13 heures de vol étaient justifiées. Je ne peux m’empêcher de comparer Shanghai à Hanoi et Saigon et trouver Shanghai, 23 millions d’habitants, plus de sept fois la population entière du Québec, remarquablement calme, avec, apparemment, peu de monde dans les rues, pas stressés, peu de circulation, une convivialité remarquable.

La rue sert autant aux piétons qui marchent d’un pas régulier sans hâte, qu’aux autos, bus, autocars, vélos, surtout les jaunes en location, qu’aux scooters et engins de tout ordre. L’explication pour cette apparente placidité serait le congé de la fête des morts qui dure trois jours. J’ai remarqué qu’il n’y avait pratiquement personne qui fumait, ni dans les restaurant ou hôtel ni dans les rues.

On verra demain matin en quittant Shanghai en TGV pour  Wuhan, comment est la «vraie circulation» un jour de semaine normale. Le chauffeur d’autobus veut quitter l’hôtel à 7h15 pour un train à 10h30, tellement il se méfie des embouteillages.

Le Bund

Nous avons commencé la journée officielle à 8h00, par une visite du Bund , quartier des banques qui occupent des immeubles «coloniaux». Outre la rue, il y a une grande promenade qui longe le fleuve et, de l’autre côté, ce sont les gratte-ciels et la tour de la télé. Il fait beau, nous sommes en T-Shirt avec une veste et un pashmina à mettre ou enlever selon le vent.

L’architecture est variée, originale, sans plan apparent d’urbanisme. Les vieux édifices sont négligés mais les gratte-ciel les remplacent. Fanfan, notre guide qui nous parle avec humour et gentillesse de la vie quotidienne et des relations homme femme, nous a expliqué que Shanghaï n’était, jusqu’à tout récemment, qu’un port de pêche qui a anarchiquement explosé en une mégalopole.

Origine-de-la-soie

Après le Bund, nous allons visiter une usine de fabrication de la soie . C’est une démonstration que nous avions eue dans le sud de la France qui fournissait les soieries de Lyon, puis au Vietnam. Même technique dans les deux cas mais chinoise à l’origine.

La différence ici c’est qu’avant et ailleurs, semble-il, on rejetait les gros cocons qui avaient deux chrysalides parce que les fils étaient trop emmêlés pour être dévidés. Alors qu’un petit cocon «normal» donne près d’un kilomètre de fil, il n’y avait rien à faire avec les jumeaux, jusqu’à ce qu’une ouvrière pense à ouvrir le gros cocon sur un côté et commence à l’étrier pour obtenir un voile diaphane, léger comme un nuage de deux mètres carré.

Que faire de ce nouveau produit ? Des édredons de soie, chauds en hiver et frais en été. Bien sûr, ces endroits sont des pièges à groupes organisés, mais si vous ne faites pas partie de cette caste, vous n’y avez pas accès. Et si vous êtes participant à un groupe, vous n’avez pas le loisir d’aller courir pour trouver la couette ou le carré de soie ou la chemise. C’est à prendre ou à laisser mais il y a toujours des informations sur des techniques typiques selon les  entreprises visitées.

Après le délicieux lunch, nous avons visité le musée. Des œuvres en jade  chinese-jademagnifiquement sculptées datant de plus de deux mille ans avant Jésus-Christ ! Ces chiffres sont abstraits pour moi, comme les milliards, juste un paquet de zéros. Mais les œuvres sont remarquables. Il y a aussi un étage de peintures, un autre de poterie et de costumes régionaux. Tout à coup on trouve des techniques de perlage comme celle des amérindiens et des têtes d’oiseaux qui pourraient venir de l’ouest canadien.

 

Après le musée qui m’a enchantée, le programme prévoit une virée de magasinage sur la  très chic rue Nanjing. C’est la seule rue où il a foule et des pick-pockets. Contrairement au groupe, j’ai décidé de rester dans l’autobus pour me reposer. Une fois les passagers descendus, le bus est allé attendre dans une petite rue tranquille ou j’ai pu observer les «vrais Shangaiais» acheter leurs poissons et légumes.

Tout ça nous a tranquillement amenés au souper précédant le spectacle des acrobates du cirque Elna  de Shanghai.  Comme je n’avais pas réussi à dormir dans le bus, ni vraiment les deux nuits précédentes, j’avais vraiment sommeil et craignais que l’obscurité trop propice ne m’amène à manquer une partie des numéros. Aucune chance. C’était un feu roulant de performances à vélo, sur trapèze, trampoline, rouli roulant, main à main etc. Tous plus remarquable les unes que les autres. Pour culminer par un  époustouflant numéro de motos dans une sphère grillagée qui défient la loi de la gravité, se croisant à un rythme infernal jusqu’à sept motos dans une boule de quelques mètres. Wow!

Hélène Tanghe

Cirque de Shanghai