QUATRE BABOUCHKAS EN BATEAU SUR LA VOLGA (1)

 

BabouchkapetitesLe 17 septembre dernier,  après un trajet d’avion de 13:45 heures, notre collaboratrice Hélène Tanghe et trois de ses amies, anciennes camarades de classe, Danielle, Nicole et Madeleine, ont embarqué à bord du Nicolai Tchernechevsky, un petit bateau d’une capacité de 350 passagers qui, depuis Moscou, se rend jusqu’à Saint-Pétersbourg. «La Russie par ses fleuves», onze jours de croisière sur la Volga, la Svir et la Neva. Des fleuves et lacs  sur lesquels on glisse, en principe, tout en douceur d’une ville à l’autre. Les quatre copines y ont célébré leurs 75 ans d’âge et de fidélité. Voici le journal d’Hélène, aidée en cela par ses trois complices.

Premières impressions

Vue du ciel, Moscou, en approche de l’aéroport, ressemble à des villes Nord- américaines avec des maisons  individuelles entourées de jardins, des petits bâtiments, des autoroutes et tout le tralala… L’aéroport est nickel, aux mêmes couleurs orange que Roissy et les douaniers, ma foi, comme partout.

Au sol, congestion sur l’autoroute bordée de grands immeubles plus ou moins récents, rien de remarquable encore.  Mais pour arriver au bateau, on entre dans un grand parc  boisé avec des jeux pour enfants. De Moscou, pour rejoindre la Volga il y a un canal de 180 km que nous allons  suivre quand nous lèverons l’ancre.

Le bateau

Le «Nicolai Tchernechevsky»

Nous avons la chance que nos cabines voisines soient à tribord, côté canal, les autres, pour l’instant, sont face à l’autre bateau auquel nous sommes amarrés, avec vue sur les cabines d’en face. Il y a pas mal de circulation commerciale et touristique qui anime ce joli plan d’eau.  Dans le port, il y avait hier quand nous sommes allées marcher, quatre bateaux comme le nôtre dont deux de la compagnie Viking, un peu plus gros, et, vu du quai, plus luxueux. Une amie nous recommandait cette compagnie que sa sœur avait choisie, mais c’était plus cher et (les raisins sont-ils trop verts ?) nous tombons  d’accord que notre bateau est beaucoup plus sympa !

Notre guide Sergey est un grand mince grisonnant, fin de quarantaine je crois, qui a fait des études universitaires au Vietnam où il a passé onze ans et où il a appris le français qu’il maîtrise bien. Il est le seul guide officiel à parler vietnamien et est très en demande car il y a de plus en plus de touristes venant de ce coin d’Asie du Sud-Est.

Sergey est joyeux, fait ce métier depuis 8 ans pour Exotic Tour et ne semble pas blasé même s’il dit pouvoir prévoir les coups à force de faire ce même circuit. Pour l’instant, il est très attentif. Dit que faire du tourisme, c’est «recueillir des impressions» et qu’il nous guidera dans la forêt sauvage de la culture russe.

En  arrivant sur le bateau, des jeunes femmes en costumes traditionnels fleuris et très colorés nous accueillent avec une miche de pain brioché dont on prend une bouchée qu’on trempe dans un peu de sel. Pendant ce temps un jeune homme, lui aussi déguisé, joue de l’accordéon. C’est, paraît-il, une tradition russe de bienvenue.

On nous donne les clefs de cabine et une carte de crédit qui permet les achats de boissons et autres fantaisies à bord, sans avoir à transporter d’argent liquide. Le tout se paie  à la fin de la croisière. Les repas sont servis dans une salle à manger réservée aux groupes francophones, dont les 20 membres d’Exotik,  les anglophones en ont une autre et, comme d’habitude ils sont beaucoup plus nombreux !

Nous avons notre table à quatre. Tables bien dressées, repas quatre services très copieux et goûteux. Salade de poivrons, consommé avec quenelles de poulet, bœuf Stroganov, gâteau et crème glacée, tout cela fort bien présenté. Il est 4 heures du matin et, depuis trois heures, Danielle et moi ne dormons plus. Ce n’est pourtant pas la fatigue accumulée qui manque ! J’écris et Danielle peaufine son histoire des dynasties tsaristes en commençant par les Vikings. Malheureusement, l’isolation inexistante entre les cabines nous force à mettre une sourdine sur nos fous rires. Mais ce n’en est pas moins drôle ! Il y a 8 heures de décalage entre Montréal et Moscou et le WiFi ne fonctionne que dans le petit bar, de quoi nous pousser à l’alcoolisme juste pour  envoyer des  messages et, si possible, en recevoir.

Moskva Da, Da !

La chasse aux impressions qu’est le tourisme d’après Sergey a été merveilleuse hier. Nous étant réveillées à 3:00, sans raison, Danielle et moi attendions les premiers signes de clarté avec espoir. Mais le iPad a joué son air de harpe pour, en principe, nous réveiller à 6:40 sans la moindre lueur dehors.

Le copieux buffet du petit déjeuner n’a pas suffi à donner le temps d’apparaître à une lumière digne de ce nom. Le jour s’était fait porter pâle, et la météo prévoyait, je crois, 16 degrés et des nuages :  une manie récurrente. Bref, nous y avons cru et nous sommes habillées en conséquence. J’étais, en apparence, la moins protégée, n’ayant  sur moi qu’un pull de cachemire avec col en v et une veste de laine, mais dans ma musette un Kway coupe vent, un poncho de plastique comme imper et une écharpe pour me couvrir dans les églises.

Au départ du car, toute la nature exhalait la pluie abondante de la veille et nous allions découvrir Moscou, en principe, dans cette mouise. Les premières explications de notre guide correspondaient à cette atmosphère. Le canal et le réservoir où mouille notre bateau ont été creusés à la pelle en 1937 par les prisonniers du goulag. Sérieuses économies d’équipement et de main-d’œuvre! La gare maritime, en ce moment en réparation, porte la date et l’arrogance pompeuse de l’époque stalinienne.

Nous faisons route vers la ville car le port est au nord, et découvrons des rues très larges, bordées d’arbres, une variété architecturale impressionnante, nous saluons au passage la maison blanche, le KGB,  les ponts de la Moskva, les cheminées rouges et blanches de l’usine de fabrication de vapeur d’eau pour le chauffage central commun.

Les Babouchkas

Les quatre babouchkas: Danielle, Madeleine, Hélène et Nicole

Plus nous avançons plus la luminosité s’intensifie pour arriver vers 10:00  à la colline Vorobiovy (aux oiseaux), près de l’Université, à un belvédère et découvrir en même temps le soleil se débarrassant de sa brume et la ville à nos pieds. Les dômes en or et clochers en bulbes d’oignon brillant de tous leurs feux comme des phares nous montrant le chemin du Kremlin.

Notre guide est moscovite, adore sa ville et communique son enthousiasme, nous donnant toutes les explications tant historiques que sociologiques, parlant de sa vie comme exemple de gestion du quotidien. Il est drôle. Bon conteur et donne, mine de rien, une foule de renseignements concrets, chiffres, dates et noms.

Mais puisque nous sommes à la chasse aux impressions voici dans l’ordre des «prises» du jour:

Moscow kremlin at sunset

Une idée de la diversité architecturale de Moscou

1- La ville de Moscou : Très vaste, officiellement 13 millions d’habitants mais plutôt 16 millions avec les clandestins, d’une propreté extraordinaire, fleurie, verte. Les rues que nous avons prises, larges comme des autoroutes mais encombrées à toute heure comme à une heure de pointe à Montréal. L’architecture très variée garde, je ne sais comment, une unité. Il n’y a pas de maison individuelle à Moscou, que des buildings, le fond de terre de la ville appartient à l’état.

2-La Place Rouge : Impressionnante mais pas comme je l’imaginais à la voir lors des transmissions télévisées des défilés militaires ou autres reportages. Moins grande, plus cernée, à gauche par le mur austère du Kremlin, à droite par l’immense bâtiment  blanc rococo du magasin Gum, au fond par le musée de l’histoire nationale. On  «monte» à la Place Rouge, elle-même en pente, garnie de pavés. Pleine de monde, mais sans voiture. Hier on y installait des échafaudages pour une compétition internationale de soccer entre  parlementaires, mais nous l’avons vue avant cette modification. L’église, colorée comme un dessin d’enfant, de Saint Basile le Bienheureux monte la garde à l’entrée de la place. L’immense magasin Gum au décor art déco abrite avec élégance toutes les grandes marques de luxe.

3-Le Kremlin: Contrairement à la Place Rouge je n’avais pas d’image mentale du Kremlin associant le nom au siège du pouvoir.  Le mot veut direbulbes-eglise-deposition-robe-vierge-marie-kremlin-moscou forteresse et c’est en effet une très vaste enceinte cerclant des trésors religieux comme les églises orthodoxes «surdécorées» d’icônes, du plancher au plafond. Que d’or!  C’est envoûtant. Il y a aussi, des musées, un théâtre etc. Nous avons visité  les églises de Saint Michel archange et de l’Assomption, plus belles encore. Le temps s’étant mis au beau de façon définitive et la température passée du 16 annoncé à  23/25 degrés, j’ai donc crevé de chaud avec mon lainage. Car tout cela se fait à pied et représente plusieurs kilomètres finalement. Mais que de merveilles !

4- Le métro: Revenues au bateau, nous avons eu le temps de souper et sommes réparties pour la visite du métro, remarquable. Nous n’avons visité qu’un échantillon de 8 stations, toutes différentes, luxueuses, décorées de marbre et d’or Métro 3comme des palais, car c’était le but de Staline quand il a construit le premier métro en 1931, qu’il soit le palais du peuple pour lui apprendre la beauté. Cela valait la peine quand on sait que sept millions de passagers prennent le métro tous les jours (la population entière du Québec), qui profitent quotidiennement de décors rococo, art déco, classique, moderne selon le trajet et les arrêts. Les dimensions sont à couper le souffle. Il se construit environ 2 stations de plus par année, pas toujours aussi spectaculaires, mais dans le même esprit, dans les stations de correspondance en particulier.

5-Moscou by night : Puis nous avons fait une tournée en car de la ville illuminée. Ici rien n’est riquiqui, tout est Bolshoi (grand) mais de bon goût. Ce ne sont pas quelques rues ou bâtiments qui sont illuminés, ce sont des kilomètres de rues dans tous les secteurs, et encore il paraît que le nouveau maire, contrairement au précédent, veut faire des économies d’électricité. Nous n’avons pas la même notion de l’économie. La ville est très prospère et cette richesse s’est faite au début sur le dos de prisonniers du goulag et maintenant sur celui des Tadjiks, Ouzbeks et  autres immigrants venus des ex-républiques soviétiques prêts à travailler pour la moitié du salaire minimum de 8$ de l’heure et oeuvrer 24/24 7/7. L’éblouissante tournée terminée, en principe vers minuit, nous ne voulions qu’une chose : regagner notre couchette dans notre cabine. Mais des travaux de nuit pour refaire la chaussée ont provoqué un embouteillage monstre et retardé le retour d’une heure. Malheureusement je n’ai encore que peu dormi cette nuit m’étant encore réveillée à 3:00 heures.

Adieu Moscou !

Hier, nous avons appareillé à 17:30 comme prévu. Adieu Moscou ! La journée grise était culturelle. Au  programme, deux musées. Pas besoin de soleil pour faire connaissance avec les peintres russes ou pour visiter le musée de la  Deuxième guerre mondiale, Le Musée de la grande Guerre Patriotique.  Nous avons donc économisé sur notre réserve de beau temps et en avons gardé en principe pour la croisière.La galerie Tretiakov est en fait un Musé avec une remarquable collection d’icônes et de tableaux  russes, dont des impressionnistes et des «itinérants», un regroupement de jeunes peintres qui refusaient l’académisme ou l’inverse,l’académisme les rejetait vigoureusement. Les « Itinérants» présentaient donc leurs œuvres dans des expositions à travers la Russie. Ils se sont fait connaître hors des circuits habituels mais ont remporté un grand succès et se sont enrichis malgré le rejet officiel. C’est Paul Tretiakov qui avait collectionné ces œuvres au cours de sa vie et c’est son frère qui les a léguées à l’État au moment de la mort de Paul en 1913. Depuis, la collection continue de s’enrichir.

Visite trop rapide pour pouvoir vraiment tout apprécier. Il y a aussi une capacité limitée d’absorption de quoi que ce soit, fut-ce magnifique. Nous ne connaissions aucun de ces artistes, ni ceux du moyen âge et encore moins les plus récents mais on sent nettement, au cours de la visite, tous les grands courants artistiques européens, qui nous sont beaucoup plus familiers. En Russie, on a fait fi de la Renaissance. L’art est passé directement du moyen-âge à l’époque classique.

Le lunch m’a permis de découvrir ces hauts lieux de la gastronomie américaine que sont les Rock Star Café dont j’ignorais jusqu’à hier l’existence même. Ça n’était vraiment pas la peine de venir jusqu’à Moscou pour savoir que je n’aime pas tellement ça !

Mes trois nuits successives pratiquement blanches m’ont fait résister à la visite guidée du musée de la guerre patriotique de 1939-45. Je suis donc restée dans le car à essayer de somnoler. Tentative avortée par la radio du chauffeur qui «grichait» des histoires en russe. Mes amies, les trois autres babouchkas, ont suivi le guide, il semble que ç’ait été un moment de fierté russe et de propagande…

La nuit a été très réparatrice et, ce matin, nous avons pu dormir plus tard, avoir une conférence sur l’artisanat russe et cet après-midi notre premier cours de langue russe. Encore quelques jours et nous serons bilingues, Nicole et moi ! Le personnel à bord se débrouille en anglais et il y a une traductrice parlant français à la salle à manger. Nous avons eu l’exercice de sauvetage obligatoire comme sur tous les bateaux  mais beaucoup plus amusant que d’habitude sur ce petit navire.

Hélène Tanghe

La suite très bientôt…

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