Nouvelle aventure: la radiothérapie

Voici le dixième chapitre du Journal d’Anne-Marie, jeune flyée de 56 ans, atteinte d’un cancer du sein, qui nous confie chaque semaine les émotions qui l’habitent et les réalités auxquelles elle doit faire face. Ses neuf premiers textes se retrouvent à la «une» de notre site, à gauche, dans la bande rouge.

Une nouvelle aventure : la radiothérapie

Mes traitements de radiothérapie ont commencé lundi dernier, le cinquième a eu lieu ce matin. Je m’y suis inscrite à reculons. Il y a eu sept semaines d’arrêt entre la chimio et le début de la radio. Cela donne l’illusion de la fin. J’ai récupéré une bonne partie de mon énergie, mes jambes et mes pieds ont dégonflé, j’ai retrouvé le goût (merveille !) et si j’ai encore mal aux jambes, c’est si passager que cela ne vaut même pas la peine d’en parler. Alors le coeur, la tête, le corps ont envie de passer à autre chose. Mais comme je viens de l’écrire… c’est une illusion.

Tout débute avec un rendez-vous avec la radio-oncologue. Rencontre plutôt rapide. Aucun examen, quelques explications. Il faut dire que nous nous étions vues une première fois il y a un peu plus de quatre mois avant que je commence la chimio. Elle ne me suivra pas jusqu’au bout de mon traitement… elle est enceinte. Mais elle va me revoir dans un an. Je ne comprends pas vraiment mon suivi d’après traitement. Je revois mon oncologue dans deux mois. Je prendrai le temps de préciser ce détail … moi et ma manie de la clarté !

Anne-MarieJ6no2Puis c’est le scan pour que la radio-oncologue puisse déterminer avec précision où les rayons seront dirigés, pendant combien de temps etc …. L’analyse de tout ça et l’organisation des traitements prennent au plus 17 jours… c’est le protocole, c’est pourquoi je dois attendre jusqu’au 15 septembre. J’ai été surprise du délai, ce n’est pas ce que l’on m’avait dit, mais c’est presque toujours comme ça … L’un dit quelque chose, l’autre dit autre chose. Il faut s’y faire … Vous savez peut-être que lors d’une radiothérapie du sein les techniciennes font un dessin sur la poitrine de la patiente. Une espèce de carte sur laquelle elles s’appuient pour diriger les rayons. Hé bien, le protocole est changé (du moins dans mon cas) ce ne sont plus des dessins, mais des points de tatouage. Alors je suis tatouée à 6 endroits. Du vrai tatouage permanent… Bien sûr ce sont de tout petits points, mais je les ai quand même et n’en suis pas ravie ! Conclusion … je ne me ferai jamais tatouer de toute ma vie. C’est pas du tout agréable et la sensation change beaucoup d’un endroit à l’autre !

Je me suis de nouveau sentie prise dans un tourbillon… Pas le choix d’être tatouée, pas le choix des effets secondaires, pas le choix de geler pendant le scan, pas le choix de n’avoir pas d’explications claires, bref… Moins pénible que la chimio. mais même dynamique… Je retombe dans le «je n’ai pas le choix». Cette perte de pouvoir sur ma vie est difficile. Je pense que je n’arriverai pas à m’y faire.

Dix-sept jours plus tard … c’est parti mon kiki pour 20 traitements, tous les jours pendant un mois. sauf la fin de semaine.

Cela prend à peine 20 minutes.

Je m’assieds dans la salle d’attente numéro 4. On m’appelle par l’intercom. Je me rends comme une grande fille à la petite cabine. «Vous enlevez tout le haut Madame Poirier, même le soutien-gorge.» On s’en doute un peu ! Puis je me rends dans le corridor en chemise d’hôpital – les courants d’air dans le dos. brrrr!), sans foulard sut la tête (re- brrrr !) et j’attends à la ligne rouge qu’on vienne me chercher. J’entre dans la salle C de radiothérapie. Sur un écran il y a mon dossier avec ma photo qu’on a prise durant le scan. Je dois donc vérifier si c’est bien mon visage qu’il y a là, pas celui de Mme Tartempion ou de M. Chose. Lors de mon premier rendez-vous une étiquette avec un code barre a été mise à l’endos de ma carte d’hôpital. Quand je suis bien certaine que c’est le bon dossier qui est affiché, je passe ma carte en dessous du voyanr lumineux et ça fait «ding-ding !». Une fois ces technicalités administratives terminées, il est temps de m’étendre sur la table-civière de la machine à rayons. On m’installe, on m’aligne, on me place et me replace pour être certain que j’ai le sein bien positionné. Je dois «rester lourde», c’est le drap qui est déplacé (avec moi dessus… bien sûr) mais moi, je ne dois pas bouger. En premier lieu, prise de photos-radio du sein, puis traitement.

Bizarre la radiothérapie. C’est une «activité individuelle» contrairement à la chimio qui en est une «de groupe». Je reste là toute seule dans la salle avec la machine qui me tourne autour. Pas de contact humain, pas d’action autour de la patiente. C’est un peu triste. Hier matin, j’ai eu une pensée remplie de compassion pour toutes les personnes qui vont directement en radio-thérapie. Cela doit être émotivement difficile à négocier. En chimio, les infirmières ne sont jamais loin et même si elles ne sont absolument pas formées pour nous soutenir, elles sont quand même présentes, souriantes et chaleureuses. Puis il y a le conjoint(e), l’amie) ou le parent. En radio c’est l’isolement. Les techniciennes sont gentilles mais terriblement à la tâche. Pas de temps pour le moindre échange… Et il y a la stagiaire … Ah! les hôpitaux universitaires ! Je suis toute patiente et gentille parce qu’il faut bien qu’elle apprenne son métier. Mais c’est relativement compliqué d’ajuster les rayons lasers et les points de tatouage. Alors ça prend du temps et on n’en profite pas pour jaser… Elle est toute concentrée la stagiaire et elle essaie de ne rien oublier. Et la technicienne qui l’entraîne qui lui rappelle qu’elle a sauté tel ou tel point du protocole. Et la stagiaire, mal à l’aise. Et moi je suis là, dans une position pas très confortable, les deux seins à l’air, les bras étendus au-dessus de la tête (ils s’engourdissent vite !) et frissonnante parce que, en ce moment, j’ai tout le temps froid ! J’en suis presque à regretter les draps en flanellette réchauffés de la chimio, les petites collations qu’on pouvait grignoter et les fenêtres où entrait le soleil… La radio est au sous-sol : du béton mur à mur !   Bref, une expérience beaucoup moins pénible physiquement. mais plus froide, moins humaine. En chimio, il y a une espèce de solidarité tacite entre patients. Impossible en radio, nous ne nous voyons pas ou si pei, nous ne nous parlons pas. D’ailleurs le service semble vide.

J’ai oublié de vous dire une chose. À cause des traitements, je ne peux plus porter de soutien-gorge avec armature métallique. Je suis donc allée en acheter un vraiment pas cher puisque je ne le porterai que de 4 à 6 semaines. Il me fait les seins pointus. Comme Élisabeth Taylor dans Cléopâtre ou Anne Baxter dans Les Dix commandements. Une élégance rare… Il ne me manque le péplum !

Anne-Marie

One Response “Nouvelle aventure: la radiothérapie” →

  1. Gonthier Lucia

    21 avril 2016

    Bonjour Anne-Marie, vous êtes très courageuse et lucide! Je suis passée par toutes ces étapes étranges et douloureuses il y a cinq ans, à Montpellier, en France. Six mois de chimio et 31 séances de radio, cinq par semaine. Gardez votre sens de l ‘humour, bientôt vous savourerez la vie sans ces entraves…
    Je vous embrasse,
    Lucia

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