MAMAMIE en QUARANTAINE (6)

Les grands et les petits bonheurs

Les cloches ont bien timidement manifesté leur présence durant la fin de semaine de Pâques. Cette Fête qui a gardé pour moi sa signification et ses charmes d’autrefois s’est glissée dans nos vies par des sentiers virtuels où messes, chants, cantates, oiseaux du printemps et crocus en devenir nous ont forcés à retourner en arrière, ma foi, au cœur de nos souvenirs d’enfance ! Rappelez-vous : chapeaux neufs de paille, souliers vernis, rencontres sur le parvis de l’église après une cérémonie qui se voulait la plus importante de toute l’année. Je ne comprenais d’ailleurs pas comment elle en arrivait à surpasser celle de Noël, tellement plus significative à mes yeux ! Peut-être à cause des cadeaux ? Ce jour-là pourtant, maman nous suggérait de déposer nos tuques d’hiver sur la table pour que le passage nocturne des cloches ne se fasse pas en vain. Le lendemain matin, elles étaient gonflées de chocolat et de jolies babioles, des fleurs en papier par exemple, évocatrices du printemps à venir.

Nostalgique ? Un peu… mais envahie de grands petits bonheurs en ces jours de retraite forcée dont on me dit quils se prolongeront pour nous, les aînés, jusqu’en septembre prochain. Mais ne pensons pas àcela : les choses changent si vite ! Cette fin de semaine, donc, j’ai eu de la belle visite ! À la porte d’entrée de mon immeuble, deux toutes petits nièces – 4 et 6 ans – sont venues déposer des nids en carton de leur fabrication avec, à l’intérieur, des œufs peints et des bonbons enveloppés de papier doré… Et dimanche, deux autres nièces, grandes celles-là, ont apporté un pain tout chaud confectionné par leur jeune maman et des masques cousus maison, fleuris comme des œufs de Pâques, pour me protéger durant mes promenades… De quoi essuyer une larme… et même deux ! Et ce, sans oublier, la rencontre familiale sur Messenger où tous ont échangé sur… devinez quoi de nouveau dans leur quotidien ? On ne le nommera pas puisque trop souvent, il est innommable !

Des moments inédits de douceur et de rapprochement qui, en temps normal, dans la folie des jours qui filent, ne trouvent pas leur chemin. Des confidences aussi, sorties de l’intimité de chacun et de chacune : celle-ci n’a-t-elle pas pleuré toutes les larmes de son corps devant la porte fermée de ses petites filles dont elle ne sait pas quand elle pourra de nouveau leur faire des tonnes de câlins ? Celui-ci, toujours stoïque et résilient, n’est-il pas inquiet jusqu’à en perdre contenance de l’aboutissement des contrats qu’il avait décrochés avant le déclenchement de la pause et dont dépend sa survie? Et la troisième ne se demande-t-elle pas si elle attrapera le… à son travail pour le ramener ensuite à la maison et le transmettre à ses enfants ? Et moi ? Combien de fois leur ai-je dit que je les manquais terriblement ? Dans le brouhaha des échanges, je ne le sais plus.

Grands petits bonheurs des vrais échanges qui montent spontanément du cœur et font fi des barrières du «requinben» ! (Ça s’écrit comment, au fait ?). Grands petits bonheurs de l’entraide, de la solidarité familiale et amicale qui transcendent les inquiétudes, les craintes, mais certainement pas les mauvaises nouvelles touchant les si fragiles aînés confinés en CHSLD.

Faut-il avoir mauvaise conscience de s’accrocher à sa propre résilience et aux bontés des autres pour continuer à sourire et à vivre de manière pratiquement normale alors que tant d’autres se contentent de voir leurs proches à travers la fenêtre d’un deuxième étage, le téléphone pendu à l’oreille pour un semblant de dialogue empreint d’anxiété ?

Toutes ces pensées se bousculent en moi depuis l’instant où je me suis installée devant mon ordi. J’y puise comme dans de la marchandise en vrac car tout est disponible sans emballage, le pire et le meilleur. Que le meilleur l’emporte et nous rapproche petit à petit de nos souvenirs, loin d’une réalité certes pénible, mais tissée d’enseignements lumineux pour l’avenir.

Mamamie
lesretraitesflyes@gmail.com