Mamamie en quarantaine (14)

GARE À L’ÉTÉ et au revoir…

Rien ne prouve la fin de ces quinze semaines de quarantaine dont j’ai partagé avec vous les impressions de toute nature et couleurs. Impossible cependant de rester insensible à cette poussée actuelle vers la vie normale qui redonne à chacun, même aux Montréalais, un peu de leurs espoirs égarés. Tous se tournent vers le soleil, la chaleur, l’évasion, les vacances… D’autres rêvent déjà de voyages. D’autres encore souhaitent le retour des cinémas, des festivals, des théâtres, des concerts, sans doute les derniers à faire entendre leur écho avant celui des voyages dont les amateurs se demandent s’ils pourront reprendre l’avion dès l’automne prochain. Le désir est au pouvoir. Le passé presque en confinement.

Personne n’oubliera pourtant. Personne ne peut oublier. La lumière au bout du tunnel ne brille pas encore de tous ses feux et de céder la place de la prudence au mirage, me semble prématuré.

Derrière la confiance des «chanceux» se cachent encore la tristesse des isolés, des délaissés, des malades, des endeuillés. Phénomène urbain dont les effets se font peu sentir dans certaines régions, l’exaspération du «confinement» amène trop de gens à négliger les consignes de prudence inlassablement répétées par les Services de santé. Même les Montréalais, toujours inquiets de leurs lendemains qui ne chantent pas encore, oublieront sans doute leur frilosité au fur et à mesure de cet été tant attendu.

Une seconde vague est possible, voire probable, selon bien des spécialistes. «Le virus circule dans la collectivité à cause d’un petit pourcentage de personnes asymptomatiques ou présentant des symptômes légers» lit-on dans le journal La Presse du 2 juin. Les joutes sur les terrains de golf et les courts de tennis, les réunions autour de feux de camp ou les rencontres de bon voisinage sur les terrains de campings sont, à titre d’exemple, des agents risqués de contagion communautaire.

Je n’arrive pas à taire mes appréhensions malgré les tentations de tricher un peu qui ne cessent d’émerger dans mon esprit et dans mon cœur. Comme je fais partie d’une génération dont la raison a toujours voulu se montrer plus forte que le désir, je me libérerai tout doucement des contraintes en calculant chacun de mes gestes, quitte à remettre à un avenir indéterminé les retrouvailles avec les miens, les virées dans les commerces, les rencontres d’amis hors de leur jardin. Sagesse ? Pas vraiment : craintes plutôt.

Tout cela pour que la lumière au bout du tunnel éclaire notre automne de tous ses feux. Cette fois, vraiment.

Bon été à tous et à toutes. Malgré !

Mamamie