MAMAMIE en quarantaine (11)

DES JOIES DE TOUTE NATURE

Touche japonaise sur mon Île

Aujourd’hui, j’ai marché sous un soleil étincelant, une activité quotidienne que j’aime tout spécialement. Les gens sortent peu la semaine, sauf les mamans avec leurs tout petits et les vieux, avec ou sans canne. Je tiens la mienne bien en main : elle semble maintenir mon équilibre à la fois extérieur et intérieur. Avec elle, mon pas se pose solidement sur le sol, contourne les nids-de-poule et permet d’aborder des sentiers plus raboteux dans les parcs ou le long du Fleuve. Bien sûr, cette canne dénonce mon âge et, en ces temps de pandémie où chaque passant s’écarte de l’autre avec une sorte de respect ou de crainte, elle leur envoie ce double message : vieille et dangereuse ! Je souris… assise  sur un banc de parc, le temps d’une courte pause.

C’est le moment de la contemplation. J’allais dire du recueillement. Le silence est encore là, infiniment présent. En cours de route cependant, j’ai entendu des ronronnements de tondeuses, des coups de marteau, des sifflements de machines… Signes de changement : le «déconfinement» montréalais commence timidement selon les autorités sanitaires, mais semble pour ses habitants se briser d’un seul coup après deux mois de paix totale. Qu’ai-je vu de doux en cours de route ? Des feuillages légers et vert tendre courir le long des fines tiges des saules pleurant à la surface d’un étang. Là, les canards s’ébattaient sans retenue. Des magnolias, les uns en fleurs, les autres en boutons roses, magnifiques symboles d’espoir en ce printemps difficile et tardif. Des enfants inconscients de la situation, ravis, maladroits et joyeux sur leur tricycle tout neuf… Autant de bonheurs à engranger.

Je ferme les yeux sur mon isolement intérieur. Une question jaillit : ne sommes-nous pas, dans chacune de nos vies, «confinés» quelque part ? Dans un travail insatisfaisant, un couple boiteux, une situation sans issue, un chagrin inconsolable, une maladie ? Sans pour autant parler de «confinement» ? Sans le nommer ainsi, nous en avons souvent une certaine habitude et composons avec lui au cœur de nous-mêmes.

Et voilà que, collectivement, nous en traversons un, énorme et intense. À quoi servira-t-il, vers quoi nous mènera-t-il ? Chose certaine, il a déjà provoqué des effets sur chacune de nos existences, effets douloureux, oui, mais aussi    heureux et salutaires.

TROIS EXEMPLES HEUREUX

 Une amie constatait tout récemment combien la grande majorité des Québécois avaient réclamé de la solidarité familiale une consolation à leurs inquiétudes. Réflexe normal, oui, mais qui a pu provoquer chez les uns et les autres des rapprochements inattendus, révélant des attachements et des tendresses tues depuis trop longtemps et mener tout ce beau monde à de chaleureuses rencontres virtuelles. Je parle ici pour moi dont la famille, maintenant établie aux quatre coins du Québec, a retrouvé hors de Noël, de Pâques et des anniversaires, une occasion de se serrer les coudes chaque samedi que le bon Dieu amène, comme disait mon père, sans manquer un seul rendez-vous ! Bonheur.

À cette heure tout est virtuel et le sera sans doute au-delà de l’automne. Cette pandémie qui coupe bien des gens de leurs réalités habituelles, réinvente des moyens de la remettre en marche par les voies de l’Internet. Ainsi, les friands de culture,  coupés de son foisonnement habituel, peuvent maintenant renouer avec Les Belles Soirées de l’Université de Montréal qui met en ligne de passionnantes conférences sur l’art, l’histoire, la politique. Ou réentendre pour leur plus grand plaisir, des concerts significatifs de l’OSM ou de l’Orchestre Métropolitain, du Festival de Lanaudière. Ce n’est qu’un début parce que, dorénavant, cette manière de mettre la connaissance à la portée de tous, sera de plus en plus répandue. Bonheur.

Les Belles Soirées : https://bellessoirees.umontreal.ca/

Dans un autre ordre d’idée, que dire de notre changement de regard sur ces invisibles travailleurs en CHSLD, venus le plus souvent de l’étranger par des voies si souffrantes et dont on ne disait rien ou si peu, sinon qu’ils étaient «foncés» ? Leur courage et leur dévouement nous ont fait comprendre l’importance pour eux d’être ici, chez eux, comme citoyens de première classe . Préjugés sinon balayés, en tout cas largement atténués. Autre bonheur.

Contempler la situation autrement. Voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide quand la possibilité nous en est donnée. Je suis rentrée chez moi le cœur plus léger, ma canne battant le pavé au rythme des pensées qui cherchaient encore dans ma tête des raisons de plus de me sentir mieux que mal.

Mamamie
lesretraitesflyes@gmail.com