MAMAMIE en quarantaine (10)

MAMAN, C’EST TOI LA PLUS BELLE DU MONDE…

Ma maman n’aimait pas la Fête des mères qu’elle surnommait «La Fête des fleuristes» en y voyant une occasion en or pour les commerçants de compter sur cette idée (géniale, non ?) pour arrondir leur début de printemps. Bien sûr, si ses enfants avaient eu le malheur de l’oublier, elle le leur aurait discrètement fait sentir. Une allusion, un coup d’œil attristé dont elle seule avait le secret, un mot distraitement lancé pour dire combien sa belle-sœur avait reçu un joli bouquet… sans en révéler l’origine ou le prétexte !

En ces temps-là, des dizaines de chanteurs ont eux aussi voulu profiter de l’aubaine pour dire à cette femme dont personne ne voulait ignorer le prestige et l’ascendant, tout l’attachement qu’ils lui vouaient. Tino Rossi, Luis Mariano,  Dalida, Michel Louvain, Fernand Gignac – des hommes, en majorité !- et d’autres encore dont j’oublie le souvenir, lui ont rendu un hommage quelque peu melliflue dont les rimes faciles avouent que /dans tous mes voyages/j’ai vu des paysages/mais rien ne vaut l’image/de tes beaux cheveux gris… Et la maman d’essuyer une larme en croyant que son grand garçon ou sa grande fille est encore le tout petit enfant sage des jours heureux… Comme si leur âge adulte avait effacé toute trace de bonheur possible !

Aujourd’hui, Luis Mariano, pour être applaudi, reprendrait son air favori en petit comité devant un parterre de têtes plus blanches que blanches.

Ai-je envie d’en rire ? Un peu. En sourire, tout au moins. Cette femme du passé fut idéalisée jusque dans la profondeur de ses yeux, la pureté de ses cheveux, son invulnérabilité et surtout, l’indéfectibilité de son amour dans toutes les circonstances de son parcours et de celui de ses rejetons : /et quand tout s’effondre autour de moi/ Maman, tu es là !

Quel modèle d’inaccessible perfection pour celles qui ont succédé à ces femmes d’une époque encore proche, mais franchement révolue ! Les mamans d’aujourd’hui ont étudié (souvent), travaillé (presque toutes), fait des enfants, de moins en moins, mais en y réfléchissant de plus en plus. Elles les ont, à l’encontre d’une tradition qu’elles connaissaient pourtant, mis en garderie pour se permettre de mener leur propre destin. Adeptes de conceptions nouvelles en éducation, elles laissent de cette manière leurs rejetons se développer rapidement et sociabiliser plus aisément pour mieux se prendre en main. Ces mamans actives offrent à leurs enfants un autre type d’inspiration, plus ouverte et plus dynamique. Mais il leur arrive de se demander, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, si elles remplissent bien leurs charges auprès de leurs petits. Ne jettent-ils pas sur elle le même regard inchangé  d’adoration, en attente du même amour désintéressé ? LA question monte souvent : «Suis-je une bonne mère ?». Ou, en plus lucide : «Je ne suis pas toujours une bonne mère !».

L’amour maternel, celui des chansons, refait donc surface en filigrane, teinté de réalisations, d’ambitions légitimes, d’intérêts et de prises en charge à vocations multiples autrement plus accaparantes malgré les mérites de la cuisine, du ménage et de la pédagogie familiale.

J’ai en tête et en coeur le souvenir de ma sœur lors de la naissance de son premier garçon. Éblouie, émue, heureuse à l’infini, elle disait: «Tu te rends compte? C’est MON bébé, c’est MON enfant, c’est MON fils !» Et elle pleurait de bonheur devant la vitre de la pouponnière sur laquelle elle s’appuyait le front pour mieux le contempler dans son berceau… Elle avait tout pour construire sa maternité selon une recette à l’ancienne mais, refusant de nier ses talents d’enseignante et de journaliste, elle a poursuivi quatre carrières à la fois. Quand elle est décédée, SON fils, SON tout premier, avait rendu un immense hommage à tout ce qu’elle lui avait appris et… donné.  

Peu importe les temps, l’indéfectible amour maternel tient bon, survivant à tous les bouleversements dont la vie nous gratifie de génération en génération. En ce passage pandémique si douloureux, les cordons physiques sont rompus. Signe des temps : les vœux à l’occasion de la fête des mamans seront virtuels. Puissent-ils se montrer aussi fervents que cette tendresse impérissable qui sommeille en chacune de nous pour chacun de nos poussins.

Mamamie
PS: Beauté de la chose, s’ajoute à ce constat celui de la présence de plus en plus «maternelle»  des hommes, des pères amoureux de leurs petits.

Peut-être devrait-on conjuguer la dévotion des deux parents pour créer une seule et même fête, digne non seulement de l’ingéniosité des fleuristes mais de l’indéniable mérite des conjoints. Les bouquets seraient alors deux fois plus nombreux et deux fois plus gros.

Mamamie
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