Jours 1 et 2

Au Maroc, le terme «gazelle» est un mot gentil et pas méprisant pour deux sous pour désigner les femmes. En voici trois des nôtres, Hélène, Madeleine et Danielle qui rentrent d’un voyage en ce pays, voyage durant lequel Hélène a rédigé et les deux autres révisé en y ajoutant détails et humour, leurs souvenirs, leurs impressions et leurs coups de cœur. On sent, en lisant ce récit, combien leur attachement pour ce coin du monde va en grandissant au fur et à mesure du temps et des découvertes. Elles ont choisi de se déplacer à trois, en voiture, accompagnées d’un guide chauffeur… ce qui, de toute évidence, est la solution rêvée pour tous ceux et celles qui préfèrent une certaine liberté aux contraintes du groupe. Ce journal de bord vous sera présenté en huit étapes.

Les noms des gazelles se lisent de droite à gauche comme l’écriture arabe :
Madeleine Barath-Bouverot, vit à Claix près de Grenoble, a été bibliothécaire et directrice de l’Université du Troisième âge à Grenoble, maintenant retraitée.
Danielle Raymond, radiologiste, vit à Montréal, (pas encore retraitée, mais ça vient !)
Hélène Tanghe, journaliste, éditrice et représentante, vit à Varennes, retraitée.

ÉTAPE 1

Casablanca-Rabat

Ce matin, trajet de Casa à Rabat, autoroutes modernes. À Rabat un guide local, Youssef, nous amène voir de loin le Palais Royal, refait sous Lyautey, sans grand intérêt architectural. Mais immense avec des écoles princières, des parcs et le bureau du premier ministre, le ministère de l’Islam et le ministère de l’Armée. Les autres ministères sont plus loin. La ville est de toute évidence plus cossue que Casa. Casablanca est la métropole économique, une ville de cinq millions d’habitants, alors que Rabat est la capitale administrative.

Le mausolée de Mohamed V

Le mausolée de Mohamed V

Puis nous avons visité le mausolée de Mohamed V, de style traditionnel mais de construction récente, érigé aux limites d’un projet de mosquée, abandonné par un sultan qui avait prévu élever la plus grande mosquée du monde mais n’avait réussi qu’à faire une tour et dresser des centaines de colonnes. Dans les commentaires de notre guide-chauffeur Zacharie, le roi est très important: c’est lui qui «fait le signal du départ» des projets mais sollicite ensuite la générosité des Marocains pour les réaliser. Lui n’y met plus un sou, dit Zac. Avec raison puisque ça marche ! Zac est musulman pratiquant et très croyant et nous explique les préceptes qui le gouvernent, il est joyeux et décrit la vie quotidienne à partir de son expérience, très variée.

Champs de fleurs

Tout au long de la route, les champs sont très bien entretenus, colorés souvent, jaunes de colza ou mauves de lavande, quelque fois manucurés. La terre est rouge, les mimosas en fleurs et les faux poivriers bordent la route. Les forêts d’eucalyptus sont dominantes dans cette région. Le lunch, contrairement à celui d’hier, a été typiquement marocain, dans un décor parfait, petit resto dans une maison privée. Crudités variées en entrée, tajine de bœuf aux pruneaux, fruits frais, thé à la menthe. Pourvu que ça dure !…  À l’hôtel ce sont des buffets «continentaux» sans intérêt particulier.

En route vers Fès, nous entrons dans les montagnes du Sais, très arrondies, cultivées. Du coup, la terre ici est beige mais semble fertile. Il y a des troupeaux de moutons et souvent des vaches ou chevaux en liberté le long des routes, mais apparemment pas d’accident. Nous avons même vu une poule traverser tranquillement un rond-point devant les voitures. Ce qu’on voit beaucoup ce sont des voiturettes à deux roues tirées par un âne ou un cheval, même dans les villes. Zac  les appelle des 4×4 berbères. Ici, les femmes portent des vêtements traditionnels colorés, le hijab assorti, quelques jeunes sont en jeans serrés, mais toutes les femmes ont les bras couverts.

Aux abords de Fès, les oliveraies prennent le relais des eucalyptus. Des drapeaux rouges étoilés vert marocains «poussent» un peu partout le long des autoroutes. Nous arrivons dans notre hôtel, très chouette et décore à merveille. Nos deux chambres sont communicantes. Nous allons danser la java toute la nuit ! (Sourire).

Écrit au bord de la piscine, sous les orangers…
Hélène, Danielle et Madelein

ÉTAPE 2

De Casablanca à Fès 

Autant, comme son nom l’indique, Casablanca est blanche avec de grands édifices cherchant l’originalité avec des décors intégrés au moulage de béton, autant Fès m’est apparue crème ou plutôt beurre frais avec des édifices beaucoup plus bas et conventionnels. Attention, bien qu’il y ait clairement un souci d’architectes à Casa, n’imaginez rien qui fasse penser à New-York, Hong-Kong ou Abu-Dhabi. Il s’agit ici d’immeubles de béton relativement peu fenêtrés.

Vue aérienne de Fès

Vue aérienne de Fès

Le crépi étant le matériel de finition partout et relativement fragile au temps, les immeubles ont l’air souvent plus décatis qu’ils ne le sont en réalité. Ils manquent tout simplement d’un coup de peinture. Le matériel urbain est aussi recherché dans sa forme, depuis les bancs publics jusqu’aux réverbères.

À Casa, on peut voir des bidonvilles un peu partout, pas seulement en périphérie, les rues sont achalandées et la circulation difficile. Samedi après-midi, à notre arrivée, elles nous ont paru négligées et sales mais en quittant dimanche matin, le nettoyage avait été fait. Il y a, comme partout des pigeons, dont un qui m’a souhaité la bienvenue. Il paraît que c’est de la chance, peut-être, on verra, mais ce qui est certain c’est que cela m’a laissé un pantalon à laver !

Rabat reste pour moi une ville aux grandes avenues, avec des parcs, de la verdure partout, mais une ville sans beaucoup de personnalité. De même que la reine Victoria avait choisi Ottawa, petite ville de drave  pour en faire la capitale afin d’éviter la rivalité Montréal -Toronto, de même Lyautey a choisi Rabat pour se prémunir de la concurrence entre Casablanca et  Marrakech.

Le fort de Borj

Le fort de Borj

A Fès, ce matin nous sommes allées observer l’ensemble de la ville du haut d’une montagne coiffée par un fort-caserne, le Borj Nord. Nous avons appris que Fès est formée de trois villes: l’Ancienne du VIIIe siècle avec  la Médina, la «nouvelle» du XIVe et la moderne, érigée sous le Protectorat Français au XXe.

Puis avec le guide local, Rachid, nous avons été happées par la médina. Réseau inextricable de ruelles si étroites que les maisons sont étayées les unes sur les autres et quelquefois se rejoignent. Une bonne partie, me semble-t-il, a été refaite avec bon goût en utilisant le cèdre comme à l’origine. On en sentait même la bonne odeur…

Mais dans ces boyaux très achalandés de résidents pressés, de livreurs poussant des voiturettes, d’ânes chargés de matériaux variés, on trouve des échoppes d’artisans vendant de tout: du siège à porteur pour la mariée (d’un goût plus que douteux pour des yeux occidentaux), aux chaudrons de cuivre martelés sur place, sans parler de l’alimentaire, des babouches, des djellaba brodées de toutes couleurs et tailles.

Mais le clou de cette expédition est une ascension, lente et pénible faite d’escaliers aux marches inégales, de montées plus ou moins raides jusqu’au sommet d’une boutique dont la terrasse donne sur une tannerie artisanale.

Tanneries artisanales

Les bassins de teinture

Cent vingt-trois familles se partagent les bassins de chaux dans lesquels les peaux de chèvres, vaches  ou chameaux macèrent un mois pour se débarrasser des poils et gras avant une autre macération dans la fiente de pigeons et enfin dans des bassins de teinture naturelle dans lesquels les hommes entrent jusqu’aux genoux pour piétiner les peaux.

La laine qui est ainsi éliminée est dite «laine morte» qui sert à fabriquer les tapis de qualité inférieure. Par ailleurs le mot «laine» se dit «sofa» et vous voyez où cela conduit tout naturellement… Je ne verrai jamais plus un sac ou veste du même œil ! Mais c’est exceptionnel et la perpétuation de cette façon traditionnelle et entièrement naturelle de travailler les peaux est une exigence de l’UNESCO en échange d’une réhabilitation importante. L’odeur est aussi très marquante et le brin de menthe que l’on nous distribue à l’entrée est très approprié.

Du coup, Danielle n’a pas pu résister à acheter un très joli sac, chic et évidemment discret. Je ne sais pourquoi le vendeur avait décidé de me vendre un pouf, sans succès. Tant pis Pour lui. Madeleine avait déjà été séduite dans le souk par un robinet en cuivre  à tête de lion pour continuer sa collection.

Après un superbe couscous encore dans une ancienne maison traditionnelle de luxe, c’est moi qui ai volontairement barguigné dans une autre maison traditionnelle au décor exceptionnel, durement et avec succès, un très joli tapis berbère pour l’entrée de ma maison, le tout dans le rire et la complicité du vendeur autour d’un thé à la menthe.
Trois gazelles ravies
(À suivre…)

Quelques renseignements utiles..

L’agence de voyage :
Voyages Cinquième Saison,
30 avenue de l’Épée, Outremont Qc. H2V 3S9
Tel. 514-270-1237 –  poste 2229
Agente : Marie-Carmen Voss
carmen@cinquiemesaison.com

Le voyagiste:
VISITEMAROC 
6662 rue St-Denis, bureau F, Montréal, Qc  H2S 2R9
Tel. 514-906-1440

infp@visitemaroc.ca
Site web :  www.visitemaroc.ca