Étape 7 et kaléidoscope

ÉTAPE 7 et kaléidoscope

Essaouira

S’éveiller dans l’obscurité intégrale, tirer le rideau et ouvrir la fenêtre, constater que la mer est haute et bat le mur à nos pieds, que l’aube est là et fait rigoler les mouettes, que l’air est doux, se remettre sous la couette, attendre que l’aurore rosisse les quelques petits nuages attardés; écouter les vagues en bavardant avec Madeleine en attendant sans hâte l’envie de se lever. Comment décrire en un mot cette béatitude ? Et quel serait son contraire ?

Comme nous sommes en «vacances» les activités sont nettement moins précipitées. Hier, nous avons passé une bonne partie de l’avant-midi sur la grande terrasse du 4e, partiellement protégée du vent par de grandes vitres. Moi à écrire, Danielle et Madeleine, calées dans le grand divan, à jaser en faisant semblant de lire, levant les yeux à tout moment pour surveiller la marée baissante qui découvre les rochers ocres-rosés, sculptés, et le sable qui s’en écoule.

Essaouira-i

Quand la mer s’en va, les pêcheurs, cueilleurs de moules et autres coquillages, en profitent pour s’aventurer très loin dans les rochers qui étaient immergés il y a quelques heures à peine. Ils ne reviendront que quand la vague leur léchera les pieds. Mais la mer ne quitte pas sans attaquer vigoureusement les quelques étocs qui lui résistent encore faisant éclater des gerbes d’écume blanche qui contrastent avec le bleu du vaste horizon.

Une petite faim donne le signal du départ . Promenade dans le souk jusqu’à une petite terrasse, où, sous un parasol, nous mangeons frugalement selon notre appétit contrairement aux repas servis au cours du voyage, en général très bons mais trop abondants pour notre faim.

Les pêcheurs aux barques bleues comme leur coin du monde...

Les pêcheurs aux barques bleues comme leur coin du monde…

Essaouira est statutairement bleue et blanche. Même les haut-vents et parasol Coca-Cola obéissent à la consigne, et les délinquants qui ont peint leur maison en rouge font tache. La croûte cassée, nous marchons jusqu’à la longue plage où le sable est fin comme de la farine, doux et rosé aussi.

Les enfants se baignent, quelques jeunes gens aussi, mais nous n’avons mis que les pieds à l’eau, même si j’avais mon maillot sous mes vêtements. Il n’y avait ni parasol ni transat et s’asseoir dans le sable tout habillé manque de charme. Nous n’y sommes restées que quelques minutes. En musardant dans le souk, retour au Riad, où la chambre est toujours aussi accueillante. Nous découvrons les coups de soleil témoins de nos séjours sur la terrasse et à la plage.

La blancheur et les couleurs d'un riad

La blancheur et les couleurs d’un riad

Les hôtels de Casablanca et de Fès étaient modernes, confortables avec, dans le cas de Fès, un souci de décor pour faire couleurs locales. Mais les repas étaient des buffets internationaux sans originalité ni goût. Les Riads que nous avons habités à Marrakech et ici, sont beaucoup plus petits, avec de la personnalité et des repas préparés et servis à table. Plus près de l’auberge que de l’hôtel avec quelque chose de familial.

Par exemple, dans le Riad de Marrakech, que nous avons adoré, tout blanc avec un côté presque monacal, les chambres aux portes à deux battants fermaient avec des verrous, celui de l’extérieur muni d’un cadenas. Le tout donnait sur une cursive qui bordait à l’étage la cour intérieure. Seule une autre chambre donnait sur cette cursive meublée de fauteuils et guéridons. Il n’y avait ni téléphone ni télé dans les chambres.

Ici. c’est plus grand entre les deux types d’établissement. Un confort presqu’hôtelier, mais une atmosphère et un décor de très grande maison cossue et des repas excellents servis avec beaucoup de gentillesse.

Les gazelles flemmardes

ÉTAPE 8

Kaléidoscope

Voici, un salmigondis d’impressions, de constats et de remarques qui n’ont pas été consignées jusqu’à présent, plus ou moins dans le désordre.

Je veux vous dire un secret que vous n’auriez jamais pu deviner : j’ai adoré ce pays, et je crois que les autres autant que moi. Si je n’avais pas l’âge que j’ai et les envies de nouvelles découvertes, que j’ai aussi, je me jurerais de revenir.

Un chat parmi des milliers dort dans le bleu de Essaouira

Un chat parmi des milliers dort dans le bleu de Essaouira

Je ne sais si c’est le Coran ou une légende (pour moi, un peu pareil) qui dit que les chiens chasseraient les anges des maisons alors que les chats auraient dormi sur le manteau du prophète et seraient donc très bien acceptés. Ainsi, quand on voit un chien dans la rue on se doute que c’est un Français qui traîne son clebs, alors que les chats sont partout en grand nombre.

Dimanche, Essaouira nous a prouvé qu’elle mérite le surnom de Ville des Vents. La mer verte est maculée de blanc jusqu’à l’horizon et la houle lance son écume comme des tutus de tulle blanc virevoltant quelques instants dans les airs.

L’avantage de voyager, et en plus avec Madeleine, c’est de découvrir et d’apprendre le mot précis. Les murs de notre chambre sont finis en «tadélakte», enduit résistant et imperméable. Et le lavabo est en «invar», métal composé principalement de fer et de nickel. Les volets des échoppes sont fermés par des «espars» ( connu seulement dans les mots croisés ) sans parler des noms de plantes et d’arbres.

Les champs ou oliveraies sont souvent bordés de murets qui longent la route, faits de pierres sèches ramassées à  la main, d’abord en petits tas pour épierrer avant la culture puis posées les unes sur les autres. D’autres fois, sur des kilomètres, c’est un filet métallique qui les retient.

Mais le plus souvent ces murets sont en briques de boue et de paille séchées au soleil, assemblées puis recouvertes d’un enduit de torchis. Dans les grandes structures comme les murs de maison ou les enceintes des villes, c’est le pisé, boue d’argile et de paille, qui est versé entre des coffrages, comme le béton, pressé et maintenu par des étais qui, quand on décoffre, laissent des trous où logent les pigeons. Certains de ces murs datent du Moyen-Age.

Les enfants d’âge préscolaire vont dans des écoles coraniques et apprennent par cœur les versets du Coran. Il n’est donc pas étonnant que cette doctrine soit tellement  ancrée dans l’esprit des musulmans et que les rites en soient respectés à la lettre. Par exemple, l’alcool et les cigarettes sont difficiles à trouver, même pour les touristes.

Hijab-Fashion-

La djellaba et le hidjab assorti, comme il se doit

De façon générale, les Marocains, hommes et femmes, portent  des djellabas, colorées pour les femmes avec  le hidjab assorti.  Djemillah, notre seule femme guide qui nous a pilotées à Meknes, disait que le hidjab pouvait être une coquetterie, comme dans son cas qui permet de cacher une cicatrice, soit un conformisme dû à une fausse interprétation du Coran, soit une obligation imposée par le mari. Mais cela devient une habitude qui n’est pas remise en question. Cela peut être très élégant.

Depuis Marrakech nous voyons plus de femmes équipées d’un niqab, sorte de petite bavette couvrant le nez et la bouche. Mais j’ai remarqué que celles qui s’en affublent sont vieilles et en peut-être en perte de beauté. C’est sans doute un choix judicieux. Par contre on voit aussi souvent de très jeunes femmes en jeans serrés mais avec le hidjab.

Scène surréaliste que nous venons de vivre: Danielle se cherche une belle djellaba noire en tissus léger. Cela semble difficile à trouver car la plupart des vêtements offerts sont des caftans très brodés, dorés, que personne ne porte ici dans la rue ou des djellabas en tissu trop lourd.

En nous promenant dans une ruelle moins commerçante, nous apercevons une échoppe d’environ 36 pieds carrés,  où un monsieur coud et une dame le regarde. Nous entrons demander s’il y a l’objet que convoite Danielle, d’autant que la dame porte exactement le vêtement recherché. La boutique n’a rien de tel à vendre, mais Hadisha, que je croyais être une vendeuse et à qui Danielle demande: «Aurais-je l’audace de vous demander de me vendre la vôtre ?», répond : «Avec plaisir !»…

Mesures prises sur les deux, les tailles sont pareilles. Marché conclu ! Hadisha attrape une djellaba accrochée dans la boutique pour remplacer la sienne et Danielle passe le vêtement. Pendant qu’elle paie, une autre femme entre dans le minuscule magasin et un énorme éclat de rire explose entre les deux femmes.

Je croyais  qu’il s’agissait de deux sœurs dont l’une s’apercevait que l’autre s’était changée. Pas du tout : la dernière arrivée venait chercher sa djellaba, précisément celle qu’Hadisha avait enfilée. Elles ne se connaissaient pas et Hadisha  n’était qu’une cliente dans cette boutique.

Cela illustre bien la gentillesse des gens, partout. Contrairement aux souvenirs de ma fille Karina que les marchands et les guides se montraient agressifs et «collants», maintenant, ici, c’est diamétralement le contraire. Il suffit de dire «non merci» et c’est fini. Le sourire et le bonjour montent d’office.

Souk Essaoura

Un petit petit coin du souk de Essaouira

Pourtant les touristes sont encombrants, dérangent la circulation dans les souks mais aucune hargne ni même d’impatience se manifeste.  Les guides nous ont dit que le tourisme a beaucoup diminué à cause des attentats. Les étrangers que nous croisons sont surtout des Allemands et quelques Anglais.

Autre détail de la vie quotidienne : au guichet des banques, nous recevons des billets de 200 Dirham (plus ou moins 30,00$). Mais quand nous voulons payer avec ces billets, personne n’a de monnaie ! C’est tout un tintouin pour les changer. De plus, les billets, les petites coupures en particulier, sont sales, usées à en perdre leurs couleurs. Qui plus est, elles puent, mais bon !

La merveilleuse mer, si limpide et joyeuse jusqu’à ce jour, courroucée de notre départ, se montre agitée, brune et  brouillée, projetant ses embruns jusqu’à nos fenêtres. Mais  nous la quittons quand même à regret.

Les Gazelles, ravies de ce voyage et tristounettes de quitter ce pays
Hélène, Danielle et Madeleine

Quelques renseignements pratiques :

L’agence de voyage :
Voyages Cinquième Saison,
30 avenue de l’Épée, Outremont Qc. H2V 3S9
Tel. 514-270-1237 –  poste 2229
Agente : Marie-Carmen Voss
carmen@cinquiemesaison.com

Le voyagiste:
VISITEMAROC
6662 rue St-Denis, bureau F, Montréal, Qc  H2S 2R9
Tel. 514-906-1440

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