en INDE du Nord – volet 3

Agra-Varanasi

Ce périple serait incomplet sans voir Agra et son fameux Taj-Mahal et sans lever le voile sur Varanasi, capitale religieuse de l’Inde.  

Agra
Le parcours pour se rendre à Agra (250 KM) est en grande partie très éprouvant. Notre pauvre dos en a souffert en raison des chemins de terre défoncés, trous béants, circulation incessante avec des camions surchargés et des animaux dans les rues. Heureusement, un arrêt à Abhaneri pour la visite des puits à degrés de  Chand Baori nous a quelque peu détendus. Cet ensemble architectural date du VIIe siècle et est bâti sur un vaste plan carré, d’une trentaine de mètres de côté. Cette importante surface lui permettait de collecter directement un maximum d’eau à la période des moussons. Sa trémie profonde de vingt mètres est formée d’une triple volée d’escaliers, fermée au nord par des salles dont les arcades ouvrent au sud.  Les participants de l’émission Vol 720 de TVA avec Yan England se sont arrêtés à cet endroit.
Nous quittons la province du Rajasthan pour la province de Uttar Pradesh.  Finalement arrivés à Agra nous nous installons au Clarks Shiraz, un hôtel très moyen de soi-disant cinq étoiles… mais plutôt de trois.  Le lendemain, départ pour la visite du fabuleux Taj Mahal, un immense mausolée funéraire de marbre blanc édifié entre 1631 et 1648 sur l’ordre de l’empereur moghol Shah Jahan pour perpétuer le souvenir de son épouse favorite. Le Taj Mahal, joyau le plus parfait de l’art musulman en Inde, est l’un des chefs-d’œuvre universellement admirés du patrimoine de l’humanité. L’ensemble architectural est immense et spectaculaire : il comprend plusieurs autres monuments dédiés aux deux autres épouses de l’empereur Shah Jahan. Ce mausolée  est le plus beau de tous les monuments aperçus jusqu’à ce jour. Notre visite de la région se termine par une excursion au Fort Rouge d’Agra qui offre un beau point de vue sur le Taj Mahal.

L’incontournable et splendide Taj Mahal

Orcha et Khajuraho
Lors de ce voyage, nous avons expérimenté toutes les conditions routières et utilisé tous  les moyens de transport disponibles :  bus, rickshaw, vélo pousse, charrettes tirées par des bœufs, éléphants, dromadaires, Jeep, avion, métro, etc. Maintenant nous prenons le train pour nous rendre à Jhansi puis à Khajuraho. Le voyage en train  a dépassé toutes nos attentes. En effet après avoir visionné quelques émissions portant sur les trains en Inde, nous n’espérions rien de très emballant. Le train était pourtant confortable, pas trop bondé, avec aucun passager installé sur le toit des wagons. Bouteille d’eau et collation servis dans le train. Bref, une inspiration pour Air Canada et son service aérien !

Arrivés sains et saufs  à Khajuraho, nous avons visité deux palais : le Jahangir Mahal  et celui de Raja Mahal. Le premier fur construit en 1606 en l’honneur de l’empereur Jahângîr  qui  ne s’y arrêtera qu’une seule fois. Construit sur un plan rectangulaire et sur cinq étages, il est considéré comme un spécimen singulièrement intéressant de l’art  moghol. Le palais de Raja Mahal a été construit pour servir de résidence aux anciens rois. Édifié sur une base carrée avec un extérieur très simple, relevé par des fenêtres et une ligne de dômes délicats le long du sommet, il est orné à l’intérieur de peintures murales exceptionnelles.

Pour arriver à ces palais il faut emprunter un pont en pierre d’une seule voie, sans aucun parapet. Ce pont est encombré de motos et de véhicules de toutes natures. Heureusement, l’audace de notre nous permet de ne pas attendre trop longtemps avant de passer sur l’autre rive. Le paysage de cette région est magnifique avec sa jolie rivière et ses magnifiques points de vue sur les deux palais. Plusieurs personnes profitent du beau temps pour se baigner et pour laver leur linge. Sur notre chemin, nous rencontrons des gens bizarroïdes surnommés des Yogis. Ils ont fait vœu de pauvreté et portent généralement de grandes chasubles colorées. Leur visage est bariolé lui aussi. Lorsque vous  désirez photographier ces individus, ils tendent la main en disant Money, Money…  Le langage universel quoi !

Temples de Khajuraho
Poursuivant notre incursion dans la région, nous découvrons les deux magnifiques temples de Khajuraho. Ce site

Temple Khajuraho

touristique est un des plus visités de tout le pays. Il fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco  depuis 1986. Cet endroit ressemble, à plus petite échelle,  au site de Siem Reap  au Cambodge. Abandonné puis envahi par la jungle, on n’a retrouvé les temples de Khajuraho qu’en 1840. Des travaux d’une quinzaine d’années, au début du XXe siècle ont permis de les dégager. Ce sont les temples perdus d’Indiana Jones.
Le complexe de Khajuraho est une création artistique unique, tant par son architecture hautement originale que par ses décors sculptés d’une étonnante qualité. Il compte encore 22 grands temples des xe et xie siècle qui ont été très largement préservés des destructions lors de la conquête islamique au cours des siècles qui ont suivi. La renommée de cet ensemble exceptionnel tient aussi à des scènes de Kamasoutras (Maithuna) des couples d’amoureux et à une multitude d’ êtres célestes ayant l’apparence de jolies femmes aux formes généreuses et aux attitudes pleines de charme, qui couvrent certaines parties des espaces dédiés à la sculpture figurative sur les faces externes des grands temples.

Varanasi
Voici Varanasi, dernière étape du voyage accomplie cette fois par avion. Cette ville sacrée est la plus vieille cité habitée au monde. Autrefois baptisée Bénarès, chérie des hippies pendant les années 60 et 70, c’est le lieu où tous les Hindous doivent se rendre pour effectuer un pèlerinage et se baigner dans l’eau sacrée du Gange.
Le soir, nous quittons l’hôtel en cyclo pousse et empruntons sur 6 kilomètres les rues de la ville. Dans une circulation invraisemblable, nous avançons de peine et de misère  dans  des rues en contournant mille et un obstacles comme des vaches, motos, camions, passants, kiosques de vendeurs, mendiants, etc. Le tout dans un environnement où le klaxon est omniprésent et  les pollutions de toutes sortes sautent au nez et à la gorge.
Finalement, nous arrivons au site principal. Sur un kilomètre à pied, nous devons emprunter un chemin étroit ou des centaines de mendiants de tous âges, autant hommes que femmes, nous demandent de l’argent. La vue de ces  personnes est profondément troublante pour nous occidentaux qui ne manquons de rien. Arrivés au Ghats (ensemble de marches  qui conduisent au Gange) nous devons faire notre chemin au travers d’une foule compacte composée de milliers de personnes qui, en chantant, rendent hommage à Krisna. Sur plusieurs autels,  des Brahmanes (prêtres)  président et officient les cérémonies du Aarti accompagnées de musique de circonstance. La visite de cet endroit est poignante par l’atmosphère incroyablement spéciale qui s’en dégage.  Ce sentiment n’est pas nécessairement partagé par tous…

Nous nous dirigeons ensuite vers une embarcation pour une excursion exploratoire sur le Gange. Nous sommes entourés de dizaines d’autres embarcations bondées de gens qui tentent tant bien que mal de se frayer un chemin sur le Gange. Finalement nous  réussissons à longer le site et à nous rendre à l’endroit où ont lieu les crémations. Lors de notre visite, plusieurs bûchers fonctionnaient et des familles préparaient la sépulture pour la crémation de leur proche.
Lors de cette cérémonie, les parents et amis doivent asperger le corps avec de l’eau du Gange, puis ils placent des objets sur le cadavre, surtout de l’argent. Ils l’enduisent ensuite de beurre et de miel et le recouvrent d’un tissu avant de le transporter et le coucher sur le bûcher auquel ils mettront le feu. Par la suite, un des parents fracasse le crâne du défunt pour que son esprit s’élève vers les dieux bienfaiteurs.    Après plusieurs heures de combustion, le bûcher funéraire laisse échapper ses derniers nuages de fumée. Les doms, une caste d’intouchables qui détient le monopole de la tâche ingrate de brûler les morts, s’affairent à déblayer les lieux en prévision de l’arrivée de nouveaux cadavres. D’autres s’occupent de décharger les bateaux remplis de billots, qui seront utilisés pour les bûchers.
Selon la croyance hindouiste, une crémation à Varanasi  permet généralement d’atteindre le nirvana sans devoir passer par les rudes phases de la réincarnation qui peut vous réserver de mauvaises surprises.

Le lendemain matin, lever tôt et nouvelle excursion sur le Gange pour assister au lever du soleil sur le fleuve et au bain sacré de milliers de pèlerins venus y pratiquer les cérémonies de purification.
Puis nous nous rendons à Sarnath, une cité  bouddhiste située à une dizaine de kilomètres au nord de Varanasi. C’est le lieu du premier sermon du Bouddha et, de ce fait l’un des quatre lieux saints du monde bouddhiste.

Conclusion
Voici donc la fin de ce long et riche périple en Inde du Nord. Ce voyage exceptionnel  et émouvant qui a mis tous nos sens à contribution, nous a permis de mieux connaître une société millénaire,  tellement différente de la nôtre !  Soulignons à grands traits la gentillesse de la population, la beauté des sites, la splendeur des paysages, la force des croyances religieuses, l’omniprésence des  superstitions dans le quotidien  d’un peuple pacifique et tolérant, la survie des castes, tous éléments et toutes réalités uniques à ce pays. Sans oublier, sur un autre mode, la densité de sa population et l’incroyable quantité de véhicules           qu’elle utilise pour se déplacer !

Somme toute, une expérience incroyable, voire inoubliable qui exige une grande ouverture d’esprit et la capacité à accepter de vivre certaines situations fort troublantes.
Bientôt la suite : le Népal
Ray Bourque
19 mars 2017

Varanasi au soleil couchant