DE OUGLITCH À ST-PETERSBOURG (2)

HÉLÈNE TANGHE ET SES AMIES POURSUIIVENT LEUR VOYAGE TOUT LE LONG LE LONG DE LA VOLGA…

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Ouglitch ou Uglitch

Voici Ouglitch, très jolie petite ville millénaire qui était depuis les derniers siècles le centre de fabrication de montres. Avant la révolution il y avait 44 églises, les 18 qui ont survécu au régime soviétique avaient été transformées en entrepôts, ce qui les a sauvées.

Notre guide Vera, charmante et volubile, était prof de français au collège. Quand elle était petite elle n’avait aucune notion de religion ni d’église, il n’y avait pour elle que des entrepôts. Elle trouve difficile les changements de mentalité, la religion qui reprend ses «droits», le capitalisme qui fait que les champs ne sont plus cultivés ni les animaux élevés comme autrefois, les terres sont privatisées et en friche. Elle dit que ce que Gorbatchev a fait de bon c’est de donner la liberté aux gens mais pour le reste, tout fout le camp.

Elle raconte que la première fois qu’elle est entrée dans une église rouverte au culte, elle s’est plantée debout devant l’iconostase, grand mur rempli d’icônes réparties toujours de la même façon en essayant de regarder par-dessus son épaule pour voir ce que les autres faisaient pendant les deux heures de cérémonie où tout le monde reste debout car il n’y a pas de sièges. À un certain moment, elle s’est aperçue que tout le monde était à genoux sauf elle. Gêne !2

Les églises anciennes du XVIIIe siècle qui ont survécu aux démolitions de l’époque soviétique  sont relativement bien conservées ou restaurées avec fresques et icônes. Elles sont devenues une attraction touristique majeure. La religion orthodoxe reprend agressivement sa place perdue, construit de nouvelles églises identiques aux anciennes. Aujourd’hui comme autrefois, elles sont offertes par des gens riches. Certains marchands peuvent offrir leurs produits dans le portique.

En fait, la vente de «souvenirs» est une activité majeure et entre le quai et la première église il y a «le chemin de la tentation» bordé de vendeurs des deux côtés et que Vera nous a félicité d’avoir parcouru sans nous arrêter à l’aller.

Plus loin, comme pour nous accueillir, les cloches des églises se sont mises à sonner et carillonner. Dans les églises orthodoxes russes le clocher est au sol à côté de l’église.  Dans la cathédrale devenue musée, nous avons eu droit à un concert remarquable de cinq choristes et un soliste, des voix profondes, qui nous ont interprété un chant religieux puis, à cinq, ont chanté  » Les bateliers de la Volga » avec une puissance digne du Chœur de l’Armée Rouge.

L’église Saint Dimitri du sang versé, construite de briques rouges à l’emplacement de l’assassinat de je ne sais plus que Tsar, est différente puisque dans son portique il y a des scènes du paradis terrestre avec des nus, unique dans une église orthodoxe et un plancher d’acier, très beau, avec un circuit d’eau chaude sous-jacent qui chauffait l’église autrefois. Le temps est  pluvieux, inutile d’essayer de le cacher les photos me trahiraient, mais cette Vera était tellement ouverte et charmante que je l’ai oublié. Il y avait un temps libre pour magasiner, ce qui ne m’attire vraiment pas et elle est restée à bavarder avec moi, m’expliquant qu’elle est veuve et a deux enfants, a dû prendre sa retraite à 55 ans, dit que, lentement les choses vont se placer, ça ira, ça ira. Il y a beaucoup de chômage à Ouglitch, elle est inquiète pour l’avenir de sa fille, étudiante à Yaroslavl et s’informe des possibilités de travail au Canada.

Grand bal à Yaroslavl

Ce matin, nous nous sommes levées tôt pour la visite à Yaroslavl, capitale de la région. C’est l’opposé d’Ouglitch, ville riche, prospère, industrielle, 2% de chômage. Cette fois la guide, Anna, récite son texte comme une automate. Heureusement l’animation est venue d’ailleurs.

Le musée est l’ancienne maison du Gouverneur, avant la révolution, et les guides du musée, en robes du XIXe, jeunes et ravissantes, personnifient les filles du gouverneur et font visiter les salles, aménagées comme à l’époque, comme si c’était chez elles. Notre guide en robe de satin rose saumon avait un français assez difficile à comprendre mais ça n’avait aucune importance tant son sourire était charmant.

À la fin de la visite nous somme accueillis, ainsi que tous les groupes du bateau qui visitent le musée, avec du champagne (10:00 du matin!) et un concert de musique de chambre, piano, violon, violoncelle et les guides dansent pour nous des polonaises et menuets, puis viennent chercher des partenaires pour une grande valse et entraînent beaucoup de visiteurs dans leur tourbillon.

Guide à YaroslavNotre charmante guide avec sa robe à volants et cerceaux, comme l’impératrice Sissi, est venue chercher un grand gaillard en imper jaune, sac à dos et basquettes, qui s’est  prêté avec plaisir à cet exercice. Quel homme aurait refusé d’avoir une si jolie fille dans ses bras.

Nous voyons d’autres églises avec notre guide automate, puis c’est quartier libre. Nous visitons le marché de légumes fruits et produits secs. Pas beaucoup de variété. Il semble que tous les légumes soient importés et, d’après Sergey, le caviar  d’esturgeon n’a plus droit d’être vendu en Russie. Je comprends qu’il est réservé à l’exportation, Madeleine qu’on limite l’exploitation pour ménager l’espèce menacée.

Entrée au monastère
La sortie suivante a été à Goritzy au monastère de Saint-Cyrille du lac Blanc. Ce monastère qui a été fondé en 1397 est le plus ancien de Russie et appartient maintenant à l’État. Il a besoin d’une sérieuse remise en état (sans mauvais jeu de mots !) qui est déjà amorcée. Deux cents moines y vivaient autrefois et  il n’en reste que 5 et si on juge par celui que nous avons aperçu, petit vieux à longue barbe blanche il n’y en aura plus pour trop longtemps…

Le mur d’enceinte d’une longueur de deux kilomètres servait de forteresse aux villageois en cas d’attaque. Dans les murs il y a, outre lesMonastère 2 cellules des moines qu’on ne peut visiter, une grande église assez bien conservée avec son iconostase du XVe siècle et surtout la chasse en or et pierreries des reliques de Saint Cyril, de la taille d’un cercueil, qui attire des pèlerins. Il y a une autre chapelle où quelques chanteurs locaux nous ont interprété un cantique.

Il y a quelque chose de très authentique dans ce lieu pas encore restauré et de voir ce vieux moine en soutane brune porter péniblement ses seaux d’eau puisée dans le lac, comme au moyen-âge. Le temps s’y est peut-être arrêté ?

Une église de rêve

L’étape suivante nous a conduits vers un endroit dont nous rêvions depuis le départ: l’église de Kiji, qui nous est apparue comme sortie d’un songe avec ses 36 bulbes de bardeaux de bois de tremble, argentés par le temps… Par un froid sibérien et une bise d’enfer, nous avons visité ce site extraordinaire : l’île, musée architectural en plein air, site de l’UNESCO. Toutes les constructions sont en bois, essentiellement sans clous de métal qui coûtaient très cher à l’époque, quelques clous valant une vache !

En plus de l’église principale, en réfection, subsistent une église d’été, un clocher et son carillonneur carillonnant, une résidence familiale montrant la façon de vivre du temps et quelques bâtiments. L’église desservait  plusieurs  des 3000 îles de l’archipel. . Les cloches qui s’entendent de loin annonçaient les naissances, les mariages et décès. L’île de Kiji  est situé au nord du lac Oviega, était autrefois elle-même habitée et cultivée.

Transfiguration égliseComme je voulais  voir surgir de l’horizon cette magnifique église, je suis restée trop longtemps sur le pont au lieu de venir m’habiller chaudement tel que prévu, avec pour résultat que j’ai gelé toute la visite. De plus, la pile de mon appareil photo s’est déchargée au beau milieu de la tournée.

J’ai donc dû garder dans ma propre mémoire le souvenir de ce rayon de soleil qui fait briller comme de l’argent ces bulbes de bois. En plus des images, j’ai pris un mal de gorge qui se développe en rhume de cerveau, c’est beaucoup pour un cerveau qui, plutôt que d’être une éponge se transforme en passoire. C’est donc avec joie que nous avons regagné notre bateau et sa chaleur douce. Quelle beauté !!!

 

Hélène Tanghe

Prochain épisode : la vie à bord du Nicolai Tchernechevsky   Le bateau

2 Responses “DE OUGLITCH À ST-PETERSBOURG (2)” →

  1. MOISSENET

    17 novembre 2013

    BONJOUR
    j’ai fait le même voyage que vous en septembre (dans l’autre sens) sur le même bateau et j’ai rencontré Vera que j’ai beaucoup appréciée
    Avez vous pris ses coordonnées? j’aimerai pouvoir avoir de ses nouvelles
    cordialement

    Répondre

  2. Francine Montpetit

    17 novembre 2013

    Voici, pour vous, la réponse d’Hélène Tanghe :

    Malheureusement je n’ai pas eu ce réflexe, ni pour les autres guides, par contre avez-vous essayé de communiquer avec soit votre agence de voyage ou le grossiste qui vraisemblablement ne vous donneront pas son adresse mais pourraient lui transmette votre dêsir de communiquer avec elle lui laissant le choix de vous répondre.

    J’espère que vous réussirez à la joindre car je crois que cela lui fera plaisir.

    Merci d’avoir lu mon récit.

    Hélène Tanghe

    Répondre

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