Comme un cadeau…

Voici le onzième chapitre du Journal d’Anne-Marie, jeune flyée de 56 ans, atteinte d’un cancer du sein, qui nous confie les émotions qui l’habitent et les réalités auxquelles elle est confrontée. Ses dix premiers textes se retrouvent à la «une» de notre site, à gauche, dans la bande rouge.

Cette nouvelle page de mon journal, c’est celle de la solidarité féminine et de l’espoir ….

Comme un cadeau …

Le 5 octobre 2014, en matinée, se tenait la Course à la vie CIBC. À Sherbrooke elle a pour but depuis cinq ans, comme vous le savez probablement, d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer du sein.

En octobre 2013, j’y étais. J’y ai couru mon premier 5 km officiel à vie. Je l’avais fait pour mon amie Suzanne qui finissait ses traitements. Chacune de mes foulées étaient pour elle. J’avais couru comme dans une bulle, tout près d’elle en pensée, avec toute la force et ma foi dans la vie, dans sa vie. Une quarantaine de jours plus tard je découvrais ma tumeur dans le sein gauche.

En ma préparant pour y aller, je me disais que le temps bouleverse les choses. Je ne courrais pas je n’en suis plus capable. Je porterais un chandail rose, celui des survivantes (alors que je n’y suis pas encore, mais  j’ai un petit côté « imposteur»…) et je marcherais pour moi, pour tous les chandails roses et pour toutes celles qui en porteront malheureusement un jour. Je me disais aussi que cette année qui vient de passer m’a brassée de la terreur à la tendresse, de la solitude à la solidarité, de la force à la faiblesse, de la résilience au découragement. Que mon parcours n’est pas terminé et que je serai peut-être plus à ma place en octobre 2015, quand je serai une vraie survivante depuis plusieurs mois. Mais je ne pouvais pas ne pas y aller.

AmetChristine

Anne-Marie et son amie Christine

Il y a deux mois j’ai reçu un courriel de Christine. C’est une de mes anciennes employées. Elle est devenue une amie. Nous marchons ensemble et, quand je n’ai pas le cancer :-), nous grimpons des montagnes.  C’est ma copine de sport. Je reçois donc un courriel dans lequel j’apprends qu’elle organise un groupe de marcheuses en mon honneur pour la Course à la vie CIBC.  Je suis profondément touchée par cette pensée. Du même souffle elle m’annonce qu’elle se met au jogging pour pouvoir courir le 5 km et qu’elle le fait pour moi.

Treize filles ont répondu à son appel dont deux survivantes. J’en connaissais certaines, d’autres pas.  Il y avait là quatre de mes anciennes employées et une bénévole… mon coeur a fondu. Mais je vais trop vite.

Le parc Jacques Cartier accueille des centaines de personnes qui ont recueilli des dons  et qui viennent marcher ou courir pour la cause, pour une femme qu’elles connaissent ou connaissaient. Les groupes se forment, les gens se reconnaissent. Il y a là des familles, des enfants qui eux aussi courront. Des chiens accompagnant leurs maîtresses, des bébés en poussette, des personnes de tous âges. Tout ce beau  monde se réunit autour des kiosques qui offrent de la bouffe, du café, des informations sur le cancer du sein, du soutien.

C’est festif, heureux, musical et, je dois le dire, un des rares endroits en dehors de l’hôpital où vivre un cancer, le montrer, l’assumer, l’afficher ne semble pas incongru. Car avoir un cancer c’est aussi traverser ses journées avec une réalité négociée de toutes sortes de façons avec les gens qui vous entourent. Il y a ceux qui sont démunis qui ne savent ni quoi dire, ni que faire. Ceux qui racontent toujours une histoire de cancer. Ceux qui posent une question personnelle et qui changent de sujet aussi vite. Ceux qui veulent tout savoir. Ceux qui ont une présence énorme sans rien dire. Ceux qui disparaissent. Ceux qui ouvrent les bras. Ceux qui disent ce qu’ils vivent vraiment. Ceux dans le déni. Ceux qui fuient.

Au parc Jacques Cartier je n’ai jamais senti que j’étais perçue comme un être humain en sursis, je n’ai pas vu de peur dans les yeux des gens quim’entouraient. C’était un peu ma fête. Montrer ma tête à peine recouverte d’un fin duvet ne me dérangeait pas et porter le chandail rose des survivantes me donnait l’impression de faire partie d’un groupe reconnu, accepté, admiré même. Un hymne à la vie et à l’espoir.

AnneMariegroupeElles étaient donc treize, quatorze avec Christine, quinze avec moi. Toutes heureuses d’être présentes, chaleureuses et ravies de faire partie de ce grand brassage d’émotions. Il est impossible de décrire la solidarité que l’on ressent, le fil qui tout d’un coup nous relie toutes et tous et surtout l’incroyable force des femmes. On la sent, on la palpe, on la respire.

Je me suis retrouvée devant la scène avec les autres survivantes pour écouter Martin Deschamps nous chanter Croire. Bouleversant. Je m’étais avancée seule, entourée de femmes que je ne connaissais pas. Et puis, deux bras m’ont entourée, c’était Christine. Et j’ai senti, j’en étais certaine, que les treize filles étaient là aussi, autour de Christine, pour moi. J’avais raison. Quand je me suis retournée elles étaient là, les yeux plein d’eau pour me serrer dans leurs bras.

Maryève, Josée, Mélanie, France, Caroline, Marie-Claude, France, Léa, Nady, Sylvie, Gabriella, Sylvie,Christine … merci. Vous avez fait ma journée, vous étiez comme un cadeau.

 Anne-Marie

Pour écouter Croire : http://www.youtube.com/watch?v=qf1EGkWBUoM

AMChristine2

 

 

One Response “Comme un cadeau…” →

  1. Thérèse Versailles

    14 janvier 2015

    Anne Marie, Tu as une plume extraordinaire qui en dit long sur toi, sur ce que tu vis et sur ta belle âme pleine de courage. Une de mes soeurs traverse la même épreuve. Et quand je dis épreuve je pense aux champions en route vers le succès, la réalisation d’un but, le triomphe sur soi surtout.. Bravo mille fois bravo! Vous êtes formidables, toi et ma soeur!

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s