Beijing

 VOICI UN PASSAGE DU JOURNAL DE BORD DE
FRANCINE MONTPETIT QUI A SÉJOURNÉ EN CHINE EN NOVEMBRE 2011. ELLE Y PARLE DE BEIJING ET Y VA DE SES IMPRESSIONS,  AU FUR ET À MESURE DE SES DÉCOUVERTES…

Depuis trois jours, nous sommes dans le brouillard. Il a envahi la ville et son immense région, de sorte que tout nous apparaît derrière une sorte de halo gris qui donne aux monuments et aux paysages des profils quasi irréels. Malgré cela, je me laisse emporter par le bonheur d’être là, dans ce fabuleux pays qui déjà m’étonne et me touche.

 

Curieusement et à l’encontre de ce qu’on m’avait dit, ce sont les gens qui, au départ, m’ont séduite. Pierre d’abord, le petit accompagnateur  venu nous chercher à l’aéroport en apportant avec lui son dictionnaire français pour mieux s’y retrouver et qui nous a posé dès les premiers instants une question très simple : «Aimez-vous la civilisation chinoise ?» Je suis restée bouche bée… Au vrai, je ne savais pas encore…

J’écris depuis ma chambre. Je rentre d’une longue excursion du côté de la Grande Muraille que nous avons contemplée derrière ce même rideau gris, immuable, constant. En y posant le pied, j’ai demandé qu’on me pince. Cette fois, la réalité était au rendez-vous ! Le froid avait découragé beaucoup de visiteurs, de sorte que nous nous sommes retrouvées pratiquement seules devant ce fastueux monument qui escalade des montagnes immenses, en pains de sucre. Un grand moment d’émotion.

Ensuite, merveille des merveilles, dans cette même campagne, le mausolée des empereurs Ming avec sa grande entrée en marbre suivie d’une longue allée de plus d’un kilomètre qui glisse sous d’immenses saules  et gardée par 36 énormes gardiens de pierre, hommes et animaux. Treize empereurs y sont ensevelis qui reposent dans cette vallée, choisie autrefois avec le plus grand soin. Eau, terre, montagnes s’y rencontrent en totale harmonie.

Beijing est immense. Six périphériques en font le tour ! Vingt millions d’habitants sont regroupés dans ce qui m’apparaît un ensemble tout à fait anarchique où j’ai retrouvé, dans certains quartiers, les petites maisons basses à l’asiatique, les commerces de toutes vocations qui s’enchaînent mais, cette fois, sous les pâles lueurs des lampes rouges en tissu garnies de dorures. Par ailleurs, les immeubles impersonnels de style, appelons-le communiste, ont poussé par centaines dans des banlieues sans limite perdues dans une nature tout aussi impersonnelle. Le centre, par contre, est très beau, ses immeubles souvent magnifiques, ses avenues larges et vertes… Bref, c’est l’Empire et le dynamisme contemporain, le verre et les toits d’ardoise, les signes chinois traduits en anglais sur les raisons sociales, l’ancien, le nouveau qui se rencontrent et qui, somme toute, se contredisent.

Hier, je me suis rendue au parc du Temple du Ciel, le plus grand de Beijing. Il y a là un superbe édifice du XVe siècle que l’Empereur fréquentait deux fois l’an afin d’obtenir du Ciel de bonnes récoltes. Ce qui m’a fascinée surtout, à part ce monument remis à neuf à l’occasion des olympiques passées, ce sont les gens qui, le dimanche, envahissent les lieux pour y pratiquer le tai chi, y jouer aux cartes, aux dominos et aux échecs. Sommairement installés sur des bancs de fortune, ils pratiquent leur passion avec ferveur et leurs gestes sont déterminés et secs, presque rudes, comme s’ils partaient en guerre contre l’adversaire. Partout, des enfants, jolis comme tout, partout du monde, du monde, du monde… et encore du monde !

Ensuite, j’ai flâné autour des hutongs, ces maisons traditionnelles dont il ne reste pratiquement plus d’exemples, toutes grises comme le brouillard de la ville, construites en quatre petits pavillons autour d’une cour centrale où, autrefois, vivaient père, mère et enfants et où, sous Mao et après, s’entassaient plusieurs familles à la fois.  Ma journée a pris fin au 798, ainsi nommé je ne sais trop pourquoi, où on a converti une usine et son environnement tout entier en centre d’exposition d’art contemporain. Intéressant…

Et demain ? La Cité Interdite… J’attends cet instant avec impatience. On annonce de la pluie… mais sur l’Empire du Milieu, c’est tout à fait supportable. La magie l’emportera, c’est certain.

UN UNIVERS DÉROUTANT

Dans cette pluie et cette grisaille d’automne qui nous ont poursuivies jusqu’à Xi’an, notre seconde étape, il y a un rayon de soleil qui marque notre séjour d’un sourire irrésistible : notre guide se prénomme… Jonquille ! Elle fait preuve de la gentillesse qui s’impose, parle un français étonnant pour qui n’est à peu près jamais sortie de cette ville et n’a fréquenté que l’Université pour apprendre notre langue, sait tout, connaît tout, peut tout raconter… Bref, elle est parfaite ! Chose plus intéressante encore, derrière ces jolies qualités, se révèle dans certaines attitudes ou certaines réflexions, une rigidité qui me rappelle chaque  fois les Chinois sous tutelle durant la révolution culturelle. Du moins, ce qu’on en imagine. Tout est ordre et méthode, la hiérarchie est importante – elle ne mange pas avec nous parce que c’est ainsi – et elle doit demander la permission à son agence avant de prendre la moindre liberté. Et, phénomène très actuel et fréquent semble-t-il, elle et son mari ne travaillent que dans un seul but : veiller à la réussite future de leur fille de 13 ans en mettant de l’argent de côté pour lui offrir la lune si nécessaire et cela, en vue d’un avenir brillant et lucratif. De son mari, elle dit : «Il prend tout trop au sérieux. D’une graine de sésame, il fait une pastèque !!».

Ce pays est déroutant. Ainsi, il y a deux jours alors que je hantais à Beijing le parc Tiantan, j’ai aperçu sous un bouquet d’arbres un groupe d’une dizaine d’adultes, debout en demi-cercle avec, devant chacun d’eux sur la terre battue, une feuille de papier blanc marquée de signes chinois en noir. Et puis, allant et venant, d’autres adultes lisant les papiers en question tout en échangeant entre eux… J’ai appris par la suite qu’il s’agissait là d’une agence de rencontres orchestrée par les parents d’une fille ou d’un garçon en âge de se marier et dont ils décrivent le cv et vantent les qualités professionnelles et humaines. « Au grand dam de leurs enfants», m’a dit par la suite la personne à qui j’ai demandé des explications… Et si, pour ceux et celles de mes amis qui cherchent, on créait cette institution au parc Lafontaine ?

Les souvenirs et les impressions montent en vrac… Hier encore, nous étions dans la Cité interdite. Un choc. Un monde. Du monde. Et encore, nous dit-on, «il n’y a personne aujourd’hui à cause du brouillard». Pourquoi alors, en tentant de voir le trône de l’Empereur dieu, me suis-je sentie happée, bousculée, poussée, étouffée par une foule que rien ne semblait vouloir arrêter ? Ici, c’est la loi… on joue des coudes, on fait son chemin sans tenir compte des obstacles. N’empêche : ce lieu est mythique et la Place de Tiananmen qui la jouxte, l’est tout autant. Immensité. Immemensité. Sur la Place où, sur des écrans géants on fait de la propagande en y projetant une sorte de ballet gracieusement exécuté par différentes ethnies, des groupes de paysans chinois se préparent à envahir les lieux. Tous coiffés d’un même petit chapeau orange, ils trottinent allègrement, les yeux grands ouverts sur ces reliques du passé. Je salue une vieille dame qui me rend mon bonjour dans un sourire parfaitement édenté et touchant de gentillesse avant d’entreprendre la découverte de ce gigantesque palais.  Conçu pour contenir le chiffre magique de 9999 pièces, résidence de 24 empereurs, on y entre par des portes aux noms suaves, celle de la Paix Céleste ou encore de l’Harmonie Suprême pour en arriver petit à petit à gravir le grand escalier qui conduit au Palais, celui dont nous nous rappelons tous après avoir vu Le dernier Empereur… Restent ensuite tous les appartements privés, les jardins… Curieusement, les Chinois ne tentent pas de «séduire» le visiteur comme peuvent le faire les Européens, en les rapprochant par exemple de l’intimité de leurs anciens souverains ou en nettoyant les vitres qui le séparent des chambres royales meublées très modestement. Non, la distance demeure, même si l’interdit est levé. Dans les grandes cours, pas un arbre, de la rectitude, des lignes droites sous les toits aux coins gracieusement recourbés sur qui veillent les esprits, tout cela voulu pour la protection des occupants…
Francine Montpetit

6 Responses “Beijing” →
  1. Félicitations pour ce récit d’un beau voyage et tout cela donne envie un jour d’y aller !
    Ni jao.

    Répondre
  2. Magnifique, ce récit !
    Claude Cournoyer

    Répondre

  3. Nathalie Roy

    26 juillet 2015

    Bonjour, à vous lire on a vraiment envie d’être à Pékin. Avec quelle agence aviez-vous fait affaire pour la guide francophone? Merci Nathalie

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  4. Louise Lambert

    9 décembre 2015

    Merci pour ce très beau récit, nous venons tout juste de réserver un voyage de 14 jours en Chine (départ en septembre 2016) et vos propos nous donnent raison d’avoir choisi ce magnifique pays.

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    • Lise Renaud

      2 octobre 2016

      Oui, effectivement la Chine est un pays à découvrir, pour y avoir été en avril 2013. Pour moi, une des plus belle ville est Shangai

      Répondre

  5. Lise Néron

    20 décembre 2016

    Moi aussi je veux aller en Chine, mais je suis seule, cherche compagne ou gens.

    Répondre

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