Étapes 1 et 2

 

 Notre collaboratrice Hélène Tanghe qui a signé le reportage sur le Maroc est repartie avec son amie Danielle pour entreprendre cette fois une tournée de la Gaspésie ! Et… pourquoi pas ? Nous la suivrons donc presque en temps réel, jour après jour. Comme d’habitude, elle rédigera son journal de bord et nous l’enverra au gré du temps et de ses fantaisies. Quelle bonne idée de souligner enfin les beautés de notre propre coin du monde !

 

Jour 1

Mardi 30 août,10:40

Nous quittons la maison, Danielle et moi, dans sa voiture, pour une escapade sans préparation, ni réservation. Destination: la Gaspésie. À gauche… toute ! Nous sortons de Varennes. La  route132 qui, dans ma tête, longe le Fleuve jusqu’au bout du Québec est là, devant nous : il suffit de ne pas la quitter.

Passé Verchères, joli mais qui m’est très familier, les autres villages feront notre bonheur. Le ciel est gris sans menace, très agréable pour conduire. Danielle roule sans hâte nous permettant ainsi de bien voir les maisons coquettes, les jardins, fleuris avec abondance et recherche, quelques fois trop: arbustes taillés en spirale à la versaillaise, plutôt ridicule devant un bungalow des années cinquante !

Quelques trouées permettent de voir le fleuve et ses îles. Il est là nous le savons. Une ancienne carte «papier» de tout le Québec ne donne qu’une idée générale, mais ça suffit. Pour la précision et les repères (genre où sommes-nous?) le téléphone intelligent de Danielle est beaucoup plus efficace.

À Sorel, la 132, contrairement à ce que je croyais, quitte complètement le Saint-Laurent et nous entraîne dans les terres où le chaume doré, laissé au champ, ensoleille cette vaste plaine très riche. Là aussi les villages sont proprets et soignés. Les hydrangées roses fluo nous étonnent par leur étincelante couleur.

Je me souviens d’une époque où la campagne québécoise était tristounette, les maisons mal entretenues…J’attribue le changement d’allure à une amélioration du niveau de vie mais aussi au déclin d’aluminium qui a recouvert le bois à la peinture absente ou fatiguée. Nous remarquons aussi que les noms de villages sont moins «Saint» que je ne l’imaginais.

Maison de campagne bien de chez nous. Photo de Gino Caron

La 132 devient «Route des Navigateurs», plutôt étrange en plein champs, mais elle est dans un tel état, qu’en effet, elle fait tanguer et rouler la voiture comme une barque. Elle nous amène à Nicolet, arrêt au centre d’information de la région où on nous indique un bon petit resto Galato, boulangerie artisanale où nous mangeons un demi sandwich au thon et agrumes avec salade. Délicieux !

Puis, visite du musée des Religions, sympathique petit

Un musée original et audacieux...

musée où l’exposition «Tu ne tueras pas» sur la guerre dans les tranchées de 14-18 permet d’entendre des lettres de soldats lues pendant que nous contemplons des extraits des films de l’époque. On a beau en avoir revu à la télé pour le centième anniversaire de cette horrible guerre, c’est encore bouleversant.

Nous musardons au fur et à mesure des paysages qui nous plaisent, nous nous arrêtons, prendre des photos de l’église de Saint-Pierre-de-la-Pérade où nous retrouvons le Fleuve pour tenter de trouver, sur le téléphone, les hébergements possibles à Lévis.

C’est donc là que nous choisissons un motel et allons visiter les abords du traversier où un jeu d’eau n’a rien à envier à celui de la Place des spectacles. La vue de Québec qu’un ciel nuageux dramatise, y est spectaculaire. La même vue se retrouve depuis la Terrasse, un genre de belvédère du côté de Lévis, situé au haut d’une falaise et qui ouvre aussi un point de vue sur Québec, toujours très belle, avec le château Frontenac en silhouette chinoise. Puis nous dégustons avant de dormir un souper vietnamien, rue Bégin, bon et très généreux. La nuit, la raffinerie illuminée à une allure féerique.

 

La terrasse de Lévis donne sur le légendaire Château...

Jour 2

Le motel où nous avons très bien dormi à Lévis appartient à des Vénézuéliens, ce qui m’a permis de petit déjeuner en espagnol en bavardant avec la propriétaire, toujours un plaisir.

Au lever il y avait du soleil mais le ciel s’est couvert. Départ à 9:20. La sortie de Lévis ressemble au boulevard Taschereau mais après, le bonheur se poursuit. Du village de Beaumont, nous avons de belles éclaircies sur le Fleuve et vue sur l’Ile d’Orléans. Nous n’avons pas réalisé qu’il fallait quitter la 132 pour prendre la rue du bord de l’eau (comme à Varennes, la rue Ste-Anne) dans les villages de St-Michel et St-Vallier.

Berthier-sur-Mer

À Berthier-sur-Mer nous prenons enfin le chemin de traverse qui nous permet de voir le St-Laurent, le bout du bout de l’Île et de traverser le village. La rue est au niveau de l’eau et les maisons de l’autre côté, assez surélevées. Le soleil nous y rejoint et ne nous quittera plus. Les montagnes bleues de Charlevoix clôturent l’horizon.

Dans cette région touristique, les églises sont généralement ouvertes pour visite et sont de véritables bijoux. Mais pas à Berthier-sur-Mer quand nous sommes passées. Celle-ci, à un seul clocher, est toute sobre de l’extérieur. La caserne d’incendie est décorée d’une borne fontaine et d’un pompier, ce qui lui donne un petit air rigolo.

À Montmagny, au centre d’information du traversier pour l’Île- aux-Grues, on nous recommande le vieux Montmagny et la rue St-Jean-Baptiste. Des boutiques amusantes dont la librairie qui a garni d’une fresque illustrant des rayons de livres sur le  mur aveugle de l’édifice. D’autres fresques et panneaux de verre enjolivent ce quartier.

La boutique de «chaussures en solde» était fermée mais, en face, la boutique Double Pas me permet de trouver deux paires de sandales en solde aussi, que j’achète sur les conseils de Danielle. Une bonne corvée de faite

Danielle a cédé à la tentation d’acheter un bol en verre datant des années 60 au Magasin Général. Lunch au bistro Au coin du monde sur la terrasse: soupe thaï pour moi et sandwich au poulet grillé pour Danielle. Tout est charmant, le décor, le temps et les gens, sans oublier les noms des boutiques…

Notre-Dame de Bonsecours

Prochain arrêt à L’Islet est pour une visite guidée de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours. Impressionnante par sa hauteur, ses deux clochers, datant de 1758, par son riche décor intérieur or et blanc, par sa voûte sans colonnes lui donnant une amplitude exceptionnelle. La charmante guide nous recommande de visiter la crypte de l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies. Échanges de bons procédés entre paroissiens.

Le soleil se croit en juillet et nous fait presque regretter le temps couvert du premier jour. À Saint-Jean-Port-Joli, nous nous acquittons de la visite obligatoire aux sculptures en faisant un tour rapide de la boutique du musée des Anciens Canadiens. Par contre, son église à deux Église St-Jean Baptisteclochers, étrangement plantés à chaque extrémité de sa toiture rouge vif et dont on ne fait pas mention dans le guide, nous a franchement amusées.

Le clou de la journée a été Saint-Roch-des-Aulnaies. L’église, en soi, n’est pas très spéciale : deux clochers en façade et l’intérieur orné de banderoles multicolores plutôt kitch, mais la crypte regroupe des stèles funéraires assez intéressantes et la statue de bois peint argenté de saint Roch souffre de phtiriasis mais est accompagnée de messages sollicitant des dons faits avec verve et humour qui provoquent la générosité.

Moulin S. des Aulnaies

 

La seigneurie des Aulnaies avec son moulin et son manoir nous a retenues avec ses animateurs: le meunier, qui fait et vend vraiment de la farine, mais dont les meules ne peuvent plus être entraînées par la roue à aube tournant au moyen de l’eau suite à un bris majeur, et le seigneur en habit et haut-de-forme, qui fait visiter son manoir en parlant au «je» comme s’il avait tout à coup remonté le temps.

J’ai retrouvé dans cette demeure ancestrale, meublée par le musée de la civilisation de Quebec, deux pianos-tables, comme celui de mon salon mais en moins bon état, et plusieurs meubles et objets me rappelant ma maison de Varennes. Il n’y a pas que nous comme antiquités dans mon village !

La responsable de la billetterie nous a recommandé de nous rendre à Saint-Pacôme, un peu passé La Pocatière, d’y dormir et de manger à l’Auberge Comme au premier Jour, située dans le presbytère de 1868. Quel bon conseil ! Introuvable si on ne connaît pas, mais la jeune femme avait pris le temps de téléphoner pour s’assurer qu’il y avait une des cinq chambres libres. Cette auberge a gagné plusieurs grands prix du tourisme québécois.

Nous avons très bien dormi, juchées dans le très haut lit Queen de la chambre «La Romantique». Le souper d’agneau braisé et le petit déjeuner auraient valu le détour, égalés par le charme des hôtes.

Nous espérons trouver d’autres auberges du genre.

Hélène et Danielle

Brouillard sur le Fleuve