SHANGHAÏ AVANT ET «PENDANT»

Quelques réflexions, quelques  impressions, quelques anecdotes puisées dans le journal de bord d’une Retraité flyée partie en novembre dernier faire trois petits tours en Chine…

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SARNYA, ÎLE DE HAINAN Ce matin, au petit déjeuner, deux mamans chinoises avec chacune son enfant unique – un garçon très petit roi et une fille sage comme une image – se sont installées tout à côté de notre table. L’une, vêtue de satin rouge surbrodé de petits perles et de pierres brillantes, portait des souliers dorés et l’autre, enveloppée d’un tissu semblable dans les tons d’un bon vieux vin de  Bordeaux, était juchée sur des chaussures noires à très hauts talons pleins enrobés de peau de léopard. Alors, dites-moi : de quoi avions-nous l’air dans nos capris de coton et nos sandales de plage ? Le chic chinois n’est pas toujours aussi ostentatoire mais, cette fois, il rejoignait les plus hautes sphères d’élégance de l’Empire du Milieu ! Ce pays est riche, tellement plus riche que ceux de l’Asie du Sud-Est que les différences sautent aux yeux à tout instant : habitation, vêtements pour tous, voitures, petits commerces, transports… Et puis, est-ce que je rêve ? Cette ouverture sur le monde avec ses bons et ses mauvais côtés, influe sur les gens dont l’amabilité, le sourire et la serviabilité sont là, bien présents, voire rassurants à tous égards. Cet après-midi, une Chinoise nous a arrêtées sur le trottoir pour nous demander d’où nous venions et pour nous parler un peu de son coin du monde au nord de Beijing. J’ai cédé au charme de cette rencontre et nous avons bavardé quelques minutes. Ce qui n’empêche pas ses compatriotes venus des quatre coins du pays – et c’est culturel ! – de se regrouper en rangs serrés, les uns contre les autres, de ne céder la place à qui que ce soit à moins de se sentir carrément bousculés, un art qu’il faut maitriser très vite tout comme celui d’éviter les voitures qui foncent sur les piétons, les motos qui roulent sur les trottoirs ou les crachats d’un passant en mal de se dégager la gorge !! Je reviens à mes moutons…

Bouillon chaud, nouilles, raviolis, yogourt, gâteaux et fruits ont été enfilés en moins de deux par nos deux mamans nanas chinoises auquel s’est joint un des papas, à la table voisine. Mères et  bébés uniques prennent toute la place ! En général, les Chinois se farcissent le matin des quantités gargantuesques de nourriture et je suis chaque fois étonnée de les voir si minces, encore que la jeune génération, férue de McDo et autres KFC de même inspiration, semble parfois prendre des proportions alarmantes. Les parents sont inquiets et, malgré des campagnes destinées à la création de cuisine rapide typiquement locale, rien n’y fait. Dans quelques années, elle rejoindra en cela le monde occidental. Les fast foods américains sont si populaires ici que bien des jeunes préfèrent payer beaucoup plus cher pour un hamburger que pour un repas chinois normal. Notre guide Jonquille nous racontait que les grands parents à qui on confie les enfants pendant l’absence des parents retenus au travail, n’ont d’autres soucis que de les nourrir et de les engraisser ! Difficile de savoir la part de vérité exacte dans tout cela mais, chose certaine, la société urbaine explose, l’Occident exerce un attrait irrésistible sur ses populations pour qui la consommation est devenue un but, un défi, un rêve. Une fille nous disait que ses amies cherchaient des garçons propriétaires d’un appartement, d’une voiture ou des deux… que les garçons voulaient des filles filiformes, belles, les plus blanches possible et aux cheveux noirs de jais. «Moi, a-t-elle ajouté, je ne crois qu’en l’amour !». Elle s’inscrit dans la case exception, semble-t-il… encore que je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui demander ce que le mot «amour» signifie pour elle ! poel-e-asiatique--recette-chinoise_4

Parlant toujours de bouffe, nous avons vu au menu d’un certain restaurant de Guilin, du serpent, des escargots en soupe, sans oublier les inévitables nids d’hirondelles et la peau de porc grillée. Les Chinois sont devenus des gourmets 2000 ans avant les Européens et nul pays au monde offre autant de diversités culinaires et de spécialités régionales. Aussi avons-nous souvent fui l’hôtel pour manger dans des restaurants locaux. Là, le piment prend toute la place qui lui revient et les larmes coulent des yeux en dégustant le poulet, le porc, le poisson ou le bœuf qui allument la langue.

Demain, Shanghai. Cette dernière étape d’un merveilleux voyage m’attire comme un aimant. On m’a si souvent parlé de cette ville tentaculaire, cinq fois plus étendue que Los Angeles, de son port gigantesque où les sampangs et les jonques côtoient les conteneurs et les bateaux de croisière, du Bund, cette élégante promenade sur les bords du Huangpu, des innombrables gratte-ciel à l’américaine de Pudong, de son histoire si récente que la ville exclut pratiquement toute trace d’un passé plus lointain que le XIXe siècle, du bruit, du monde, de la pollution si dense qu’elle sème partout la grisaille, de ses musées, de ses splendides jardins dits de Yuyuan, etc.

J’y reviendrai quand j’y serai. Quand j’aurai vu. Terre fascinante…Shanghai3

SHANGHAI J’y suis depuis quelques heures.  Le soleil est au rendez-vous et un léger nuage à la fois gris et vaporeux voile les gratte-ciel. Le vent souffle fort. À première vue, Shanghai a tout pour plaire : belle, civilisée, ordonnée, propre, éblouissante. Après avoir mangé dans un pub chic – difficile de choisir autrement, les pubs qui restent le sont tous de par définition – d’allure typiquement anglaise où on nous a servi en guise de dessert une délicieuse crème brûlée bien française, nous avons passé l’après-midi à déambuler sur la large promenade du Bund et admiré, d’un côté du fleuve, ses immeubles anciens à peine patinés par le temps – ce sont les Banques qui les habitent et l’État qui les entretient – alors que de l’autre côté, des immeubles neufs, modernes, élancés comme des flèches de verre, ronds comme des globes terrestres, élégants et superbes, défient New York et Chicago avec arrogance et le dépasseront sans doute un jour prochain. Ici et partout en Chine, où qu’on soit, on a pignon sur grue… Elles s e comptent par milliers. Oh ! J’oubliais: à Shanghai, on construit des ponts et des tunnels sous les eaux, comme chez nous un immeuble quelconque. En 20 ans, neuf nouveaux ponts ont enjambé le fleuve et je ne sais combien de tunnels ont été creusés pour faciliter la circulation. Un pont Champlain avec ça ?

Le BundUne journée mémorable à découvrir petit à petit cette ville, son musée remarquable où le bronze, la porcelaine et le jade racontent toute l’histoire du pays, le jardin Yu, un des plus beaux de Chine. Mais je n’aime pas les jardins chinois, trop chargés, compliqués et artificiels. Peu importe : ce fut une visite qui en valait la peine comme celle de la pagode chinoise, du musée de l’urbanisme ou de l’observatoire du Centre financier de Shanghai, haut de 100 étages et qui offre, en plus d’une vue incroyable sur la ville, une étonnante démonstration de la technologie japonaise.Tout cela fait partie de la vie normale de tout bon touriste… mais un moment de pur bonheur nous attendait hier après-midi.

Nous avons dit aimer la calligraphie… Du coup, notre guide décide de nous emmener rencontrer un artiste chinois logé dans un minuscule atelier tout en haut d’un immense marché de thé où s’entassent des dizaines de petites échoppes offrant des thés venus de tous les horizons du pays. On y offre aussi de la porcelaine, des services à thé typiques et tout ce qu’il faut pour préparer avec art la précieuse boisson. Pour une raison inconnue, notre calligraphe niche donc dans ce lieu, entouré de ses peintures en noir et blanc, la plupart inspirées par des paysages tibétains. Il nous reçoit avec sa femme et nous lui demandons de préparer pour nous une calligraphie sur un thème très précis… Il reçoit  notre demande, acquiesce en inclinant tout doucement sa très belle tête blanche, sort du papier de riz et saisit un de ses nombreux pinceaux. Il réfléchit longuement. D’un geste précis, net et gracieux,  il trempe l’outil dans une encre noire et épaisse et, d’une main sûre, qui ne tremble pas, dessine quatre caractères de bonne dimension, chacun pour illustrer un mot précis. Puis il ajoute le nom de la personne à qui ce cadeau est destiné, son nom à lui et la date. Avec piété, il y appose son sceau personnel, puis celui de ses 70 ans – ce qui est un honneur pour un artiste – et un autre, tout petit, qui symbolise et appelle le bonheur. Tout cela s’est fait dans le silence le plus total et dans le respect pour l’art et pour l’artiste.

Sa femme a préparé le thé sur un plateau creux couvert de petites lattes de bois. Ce qui permet de réchauffer les tasses débordantes d’eau bouillante, tout en infusant les précieuses herbes dans une théière transparente. Nous avons bu joyeusement, nous nous somme inclinées selon la coutume, avons remercié avec, au cœur, une émotion certaine. À mon tour de faire silence.

Francine Montpetit

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