Un brin d’humour au temps du coronavirus

Posted on 23 avril 2020 par



Nicole demeure à la campagne, quelque part au bord du Fleuve. Elle y vit des jours tranquilles marqués par une certaine routine dont elle sait rire, rire qui ne la quitte pas en ces moments où, coupée de Montréal et de ses hantises, elle peut se permettre plus facilement, de l’humour et de la poésie. Voici donc un joli petit texte sans prétention qui bat au rythme des heures qui coulent sans bousculade.

Un livre paru il y a longtemps s’intitulait Écoute ton corps. Je suis tout ouïe et docile. C’est donc ma vessie qui décide qu’il est l’heure. D’un lever ensommeillé, j’aperçois  soit l’aube ou l’aurore en revenant au lit. Il est entre 5h et 6h et, selon, c’est Patrick Masbourian ou d’autres qui me racontent ce que je dois savoir. 

Un livre paru il y a longtemps s’intitulait Écoute ton corps. Je suis tout ouïe et docile. C’est donc ma vessie qui décide qu’il est l’heure. D’un lever ensommeillé, j’aperçois  soit l’aube ou l’aurore en revenant au lit. Il est entre 5h et 6h et, selon, c’est Patrick Masbourian ou d’autres qui me racontent ce que je dois savoir. 

Les plaisirs de la douche, eau chaude et mousse, de la serviette tiède et du plancher chauffant sont précédés de la pesée officielle, désespérément stable malgré mes espoirs. Tout ce rituel est une source de satisfaction bien que mon corps ne me l’ait pas prescrit, mais il s’en réjouit.

Descente majestueuse dans ma robe de bain jaune, le port altier, une marche à la fois, non pas par sens du spectacle mais par inconfort de mes genoux qui m’imposent le pas lent et la tenue de la rampe, mais ça donne quand même de la classe ! 

Pendant ce temps Robert s’est levé, habillé et est allé au chemin chercher son journal. Il a préparé son café et m’attend pour manger. Le petit déjeuner se passe en tête à tête, lui avec son journal et moi avec Radio-Canada. 

Il y a plus de dix ans que je porte des écouteurs tous les matins, ils ont beau être noirs et gros, Gilles ne les voit pas. Il me parle, passe des remarques que, bien sûr, je n’entends  pas, je sais juste qu’il m’a parlé et je le fais répéter, ce qui provoque toujours une irritation de part et d’autre.

Le petit déjeuner consommé, suivi de mon petit déjeuner chimique, 6 pilules de couleurs et formes différentes qui, j’espère, me garderont au mieux pour longtemps, je peux quitter la table et m’installer dans mon fauteuil avec ma tablette et regarder les courriels, rire des blagues reçues, répondre, regarder rapidement La Presse+ et faire le mot croisé, toujours déçue quand il est terminé.

La montée de l’escalier pour aller m’habiller est plus énergique et marque la fin du loisir pour quelque temps. Il est plus ou moins 11 heures. Même routine depuis des siècles. Sauf que maintenant, le Premier ministre du Canada me parle à l’oreille. La traduction simultanée me dérange : j’ai beau avoir les écouteurs rivés aux oreilles, ma tête est ailleurs.

Très souvent, le bruit de l’aspirateur chassant les centaines de coccinelles qui garnissent ma fenêtre de chambre chaque matin, me prive du ronron du ton monocorde et de la voix de Justin, pourtant prof de théâtre, qui fait lui- même la traduction de ses propos, et de celui qui répète après lui. 

C’est à ce moment-là que l’urgence prend la relève du corps pour me dicter ma conduite. L’urgence se manifeste par différents signes: j’enfile la dernière petite culotte propre. Il faut donc faire la lessive. Autre possibilité, celle d’écrire mon nom sur les meubles, grâce à la poussière, donc de faire le ménage. Quand LA casserole pour faire la purée et le sucre à la crème est sale, peu importe qu’il y en ait d’autre de propres, c’est plus que temps de laver à la main tout ce qui s’est accumulé sur le comptoir.

Mais le corps reprend ses droits et devoirs et mon estomac m’intime de faire le dîner. Salade ou soupe dont Robert apprécie la variété. Puis nos trois invités de prestige se joignent à nous via la télévision. Il est 13h. Nous écoutons la même chose que tout le Québec, tout en broutant.

Quand c’est jour de lessive, c’est particulièrement sportif. Je n’ai pas encore commencé à étendre dehors, mais ça s’en vient.  Donc, comme des comédons dans le visage d’ados, les tas s’accumulent au sol, ratine, noir, blanc, blanc léger, devant la lessiveuse. Ça c’est le bout facile. 

Comme nous ne sommes que deux, chaque tas n’est pas très gros, donc, quand arrive l’essorage la petite brassée se tasse tout d’un même côté du panier et la lessiveuse saute et se promène. Elle aussi a besoin d’évasion, mais ça ne date pas du confinement. Donc il faut replacer le linge et la lessiveuse et, pour empêcher une autre tentative d’émancipation, je la tiens en place le temps des essorages.

Vers trois heures, selon le temps qu’il fait, je marche jusqu’à la poste près de Marie-Victorin. S’il fait mauvais ça peut attendre. Il est loin le temps où j’allais au-devant du facteur pour recevoir la lettre quotidienne de l’homme que j’aimais qui était au Vietnam. Le facteur qui me criait : «Il y en a une pour vous Madame Hélène !».  Au  retour, je fais un tour de terrain. Ça ne pousse pas vite, mais il y a eu des crocus et d’autres bulbes qui ont déjà fleuri. À voir les feuilles des tulipes je crois qu’elles ont décidé d’attendre le chèque du fédéral!

Mais ce qui me charme chaque fois que je regarde par la fenêtre, à part la vue du Fleuve qui m’est offerte « gratis » comme dit Manon Massé, ce sont les oiseaux: les bernaches qui arpentent le ciel en formation où se laissent descendre en bande sur l’eau, le couple de colvert qui vient quelques fois dans le bassin au printemps. Les merles, si vaillants, dont un couple niche sous le porche, et s’habitue à nos va et vient. 

Les oiseaux noirs qui les suivent de près, quiscals à tête bleu acier brillant au soleil, les carouges aux épaulettes vermillon, les étourneaux si obéissants au plumage irisé. Les oiseaux noirs sont finalement très colorés. 

Mais pas tant que les jaseurs des cèdres avec leurs masques de carnaval, leur couleur rosée et leurs bouts de queue jaune, qui n’étaient pas venus, comme d’habitude, à l’automne piller le sorbier dont les grappes de fruits orangés ont passé l’hiver faisant des petits capuchons de neige, mais ont été dénichés ce printemps. Depuis que l’arbre est dépouillé, les jaseurs sont partis. Il fallait en profiter pendant leur court séjour.

J’ai vu les premiers chardonnerets et les roselins, sans parler d’une furtive hirondelle repartie avec les froids, mais que j’aime d’amour et espère revoir un peu plus tard quand les insectes volants seront revenus aussi. Tous ces « passe minute » agrémentent une journée et leur venue aux mangeoires me garde à la fenêtre. 

Selon le temps passé debout c’est le dos qui décide qu’il est temps de m’asseoir et je reprends mes échanges avec ma tablette tout en écoutant le bulletin de 17h avec Patrice Roy. Désormais la télé est ouverte jusqu’au coucher. Plus souvent écoutée que regardée. 

Le repas du soir, plus élaboré, me prend, préparation et consommation, jusqu’à 20h.  C’est Anne-Marie Dussault qui alimente la conversation.  . 

J’en profite pour jouer aux solitaires, jeux de mots, blocs de bois, jeux de rapidité, mais ça devient du vice quand je ne peux me résoudre à aller me coucher tant que je n’ai pas réussi l’un ou l’autre de ces jeux. Ce qui m’amène à 23h ou plus,  selon mon entêtement ! 

Toutes ces activités sont entrecoupées de longues jasettes au téléphone avec ceux et celles que j’appelle ou qui m’appellent, ça c’est un grand plaisir.   

Aujourd’hui l’urgence c’est la démangeaison d’écrire qui m’a « pognée » et, comme je ne suis pas en voyage pour vous faire des descriptions exotiques, voilà comment le temps passe en confinement, pour moi, à Varennes. Robert a une autre vie et c’est très bien ainsi.  

 Pendant que vous avez le temps de prendre le temps, écrivez-moi et racontez-moi vos journées.

Nicole

lesretraitesflyes@gmail.com

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