Il faut lire «RUE DES REMPARTS»

Posted on 24 avril 2017

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«Un frisson glacé traversa Geneviève. Le capuchon de sa mante rabattu, elle se faufila jusqu’au perron de pierre, déterminée à se faire admettre auprès de Montcalm. N’était-elle pas sa chère amie ? La prenant pour une religieuse, les gens se tassaient afin de la laisser passer. Une fois devant la porte, elle se figea sur place. Allait-elle réellement se présenter au chevet d’un général auquel elle n’était même pas apparentée ? N’était-il pas inconvenant pour une dame mariée d’agir ainsi ? L’air humide la pénétra. Instinctivement, elle se couvrit le visage pour s’en protéger ou, plus sûrement, de peur d’être reconnue. Les idées s’emmêlaient dans sa tête. Pendant un moment, elle songea à battre en retraite…»

C’est là un extrait révélateur du climat de tension et de passion dans lequel baigne le dernier roman historique de Micheline Lachance. Rue des Remparts raconte, sous la plume fictive de Catherine de Beaubassin, une histoire d’amour inédite entre sa grande amie Geneviève de Lanaudière et le marquis de Montcalm, dernier espoir de survie d’une colonie alors abandonnée par le roi de France. Mais plus et mieux encore qu’un roman d’amour dont le prétexte s’inscrit remarquablement dans la trame de la petite histoire, Rue de Remparts est un récit fascinant qui remet en place mille et une réalités, mille et un détails nous ayant trop facilement échappé quand, à l’école, nous suivions sans trop les comprendre, toutes les péripéties entourant la trahison de la mère patrie et la conquête de nos terres par les armées anglaises.

Gentil ou prétentieux Montcalm ? Féroce Wolfe ? Entêté Vaudreuil ? Malhonnête Bigot ? Soldats canadiens insubordonnés et indisciplinés ? Société à l’image d’une cour lointaine plutôt dévoyée et sans scrupule ? Femmes de la petite noblesse très/trop libres de mœurs ? Hommes et maris en goguette (ou plutôt en canot!) vers les tentations des tribus indiennes ? Le récit de Micheline Lachance apporte des réponses à toutes ces questions en dressant des années entourant la conquête un portrait véridique, juste et émouvant. Et quand cette dernière  est devenue réalité, l’auteure fait de l’état des lieux et des âmes, de cette ville de Québec en cendres, des descriptions qui suintent la tristesse et le désarroi de son héroïne Geneviève. N’a-t-elle pas tout perdu ? Sa maison, ses biens, l’amour de sa vie ? Son idylle, à la fois réservée et passionnée avec Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran qu’elle reverra une dernière fois sur son lit de mort, est une révélation pour le lecteur et une découverte de l’auteure qui, à force de recherches et de déductions, en est venue à croire en cette réalité que les historiens avaient jusqu’ici attribuée à une autre femme, pour ne pas la nommer, Catherine de Baubassin elle-même !

Micheline Lachance

Micheline Lachance passe au fur et à mesure de son récit d’une tonalité à l’autre avec aisance, rigueur et grâce, jouant en virtuose de trois violons à la fois : ceux de la journaliste, de l’historienne et de la conteuse. Elle signe là, à n’en pas douter, une de ses meilleures œuvres.

On pourrait rêver, une fois terminée la lecture de Rue des Remparts, de la voir se transformer en un «itinéraire de mémoire» dessiné dans les limites du vieux Québec qui permettrait, à l’exemple de Julie Papineau qui existe déjà, de suivre les traces encore «fraîches» de Geneviève de Lanaudière. Cela pour revivre en sa compagnie, au cœur de ses vieilles pierres et de ses rues étroites, l’histoire avec un grand H d’une héroïne méconnue, de son amoureux ô combien célèbre et de la douloureuse défaite sur les Hauteurs d’Abraham !

En guise de présentation de ce périple, on tirerait du patient ouvrage de Micheline Lachance cette éloquente citation :

«J’ai voulu redonner vie à tous ces êtres fascinants qui, deux cent cinquante ans avant nous, ont emprunté les mêmes rues de Québec (et de Montréal), aimé à mort leur patrie qui deviendra la nôtre et enterré leurs proches tombés au champ d’honneur dans nos cimetières. La chute de la Nouvelle-France, une tragédie dont les répercussions sont interprétées différemment selon les écoles de pensée, m’a inspiré ce roman. J’en suis ressortie profondément triste. Nul doute dans mon esprit, la France de Louis XV, désinvolte et ingrate, a cédé la Nouvelle-France à l’Angleterre sans se soucier du sort des Canadiens qui l’avaient défendue au prix de leur sang.»

Francine Montpetit

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